Histoire du Vaudou

par christian

De l’Afrique aux caraïbes.

A partir des croyances de certaines régions d’Afrique, (Golfe du Bénin - Ghana, Nigéria, Togo…) les esclaves déportés vers les Antilles ont élaboré une religion nouvelle, intégrant aux cultes de divers royaumes africains qu’ils venaient de quitter, les rites et personnages du catholicisme imposé par leurs colonisateurs.
Sur les bateaux négriers déjà, où les souffrances étaient terribles (famines, sévices, humiliations, assassinats) de longues complaintes s’élevaient parfois : c’était l’invocation des esprits protecteurs de l’Afrique lointaine, seule lumière d’espoir au milieu d’une nuit sans fin.

Réunions secrètes et résistance.

Plus tard, une fois initiée l’entreprise de déshumanisation qu’était l’esclavage, c’étaient de secrètes réunions, la nuit tombée, dans les champs de canne ou de coton ( c’était un temps où, pour les esclaves, l’espérance de vie n’excédait pas huit ans) ou au coeur même des églises où on les avait obligés à entrer. Ces femmes et ces hommes, vendus comme des bêtes, battus, contraints au travail forcé jusqu’à l’épuisement total, enfermés dans le silence et la solitude, arrachés à leur pays, ayant perdu jusqu’à leur nom, tentèrent de retrouver, à travers cette communion dans une même croyance, un peu de dignité et d’espoir. ( Le lambi, conque marine, qui servait à sonner le rassemblement pour les cérémonies, ou donnait le signal de la révolte, est devenu un objet symbolique)

Des pratiques diabolisées.

Le culte Vaudou, interdit par les conquérants et leurs missionnaires, diabolisé par les puissants d’Europe et d’Amérique, fut durant de longues années la seule richesse, l’espoir de ces millions de femmes d’hommes et d’enfants arrachés à l’humain par la cupidité et le cynisme des esclavagistes.

Plus tard, (mais ils étaient déjà des millions à avoir péri d’épuisement sous le fouet des maîtres, ou victimes des maladies, ou pendus au bout d’une corde), on entendit dans les montagnes, les grottes, où ils s’étaient réfugiés, les chants et les danses vaudou , au rythme des tambours , des esclaves évadés - les esclaves marrons - que les chasseurs lancés à leur poursuite ou les chiens dressés n’avaient pas retrouvés.

Naissances, renaissances.

Là, dans les forêts ou dans les grottes, dans les camps de marrons (esclaves évadés) naissaient une nouvelle solidarité, une nouvelle société, une nouvelle langue (le créole) et se construisait une religion originale à partir des différents rites africains. Les prêtres vaudou, les oungans (masculins) les manbo (prêtresses) retrouvaient et mêlaient leur savoir, étaient réinvestis de leur pouvoir ; la pratique du culte faisait naître parmi ces gens d’origines africaines différentes, une unité, une conscience communes. ( cérémonie vaudou et serment de Bois Caïman)

Un rôle dans l’histoire

Plus tard encore c’est vers la libération des peuples asservis que tendront toutes ces forces réunies. Haïti sera la première à conquérir sa liberté par les armes (1804).
Ainsi le Vaudou, loin d’être une simple pratique païenne enfantine, primitive ou diabolique est-il intimement lié à l’histoire tragique de ces peuples. Et s’il fait peur, c’est d’abord aux esclavagistes et à leur système dont il sape les fondations. Il s’auréole de légendes : celle des sorciers dont la puissance effraie, des poisons et des " paquets magiques " qui savent rendre malade ou tuer, des talismans qui savent rendre invulnérables ceux qui les portent. Mais il contient aussi une réalité : les cérémonies orchestrées au cœur des forêts (comme celle, légendaire, de Bois Caïman, au dessus de Cap Haïtien, la nuit du 14 août 1791 ou un pacte magique " la libération ou de la mort " fut scellé ) galvanisent les cœurs de nouveaux combattants de la liberté et préparent la révolte. D’autant que la rumeur de la révolution française s’est propagée jusque dans les colonies.

André Normil, un des plus grands peintres haïtiens a représenté la cérémonie de " Bois Caïman ". Le vaudou y apparaît comme catalyseur de la révolte.
Les esclaves révoltés sont réunis dans la forêt. Une jeune prêtresse, qui danse et chante, a sécrifié un cochon noir. L’homme debout est, selon la légende, un leader de la révolte : Bookman,. Il invoque les esprits et appelle à la révolte. L’assistance brandit les sabres ou les machettes. Le sang a été distribué à l’assistance.
Les vèvè, dessinés sur le sol sont ceux d’Ogou Feray. Lwa du feu et de la guerre, dont on reconnaît les symboles : la sabre, la machette, le feu. On reconnaît aussi la croix de Legba, Lwa qui ouvre la porte vers tous les autres Lwa. La cérémonie a sans doute lieu à la croisée des chemins, dans la réalité, mais aussi symboliquement.