La vie des gens pauvres en Haïti.

par Gérard

Comment peut-on envoyer les enfants à l’école dans un tel système ?
Les enfants, avec l’augmentation des prix, sont de plus en plus nombreux à laisser tomber l’école, faute de ressources.
Les écoles privées, elles, sont très rémunératrices pour ceux qui les possèdent et qui se comportent comme des bandits...

La vie quotidienne des gens pauvres en Haïti.
Je voudrais, avec cette page, donner une idée des problèmes qu’ont à résoudre au quotidien les gens modestes… je ne dis pas les plus pauvres, car ces 50% de la population , dans la misère, existent à peine, ils n’ont que des logements misérables, dans la bidonvilles ou dans les lieux les plus reculés de la campagne, ne trouvent pas à manger pour nourrir décemment leurs enfants : ils survivent.
Non, ce que je vais vous raconter c’est la vie d’une famille qui avait un petit bout de terrain à la campagne, dans un endroit isolé et difficile à cultiver.
En préambule : quelques informations.
Le « salaire minimum », en Haïti, est de 350 gourdes par jour. Il n’est évidemment pratiquement jamais respecté. Il est la plupart du temps de 150 gourdes ! Ophina, par exemple, la maman d’une enfant parrainée, qui faisait la cuisine, le ménage, la garde des enfants , les courses (pour résumer : tout dans la maison) chez des gens riches gagnait 3000 gourdes par moi ( 44 €) : 120 Gourdes par jour, 12 gourdes de l’heure...(18 centimes d’€) Il faut commencer à six heures du matin et terminer à 16 heures. Si vous comptez bien, pour tous les jours de la semaine, sauf le dimanche, ça fait aux alentours de 16 centimes d’euro de l’heure. (Elle a maintenant des rhumatismes, mal aux jambes, et a du mal à soulever des lourdes charges. Elle a perdu aussitôt son travail. Maintenant la famille n’a plus rien… pour comparer : une course en taptap, le moyen de transport populaire en Haïti, c’est 10 gourdes si elle est courte, 15 gourdes, si elle est moyenne ; un peu plus longue, c’est 20 gourdes. Souvent il faut 2 ou trois courses pour aller au travail… et la même chose pour revenir… ! Je vous rappelle que la maman, Ophina, qui est loin d’être une exception gagnait 120 gourdes par jour…Une bonbonne d’eau potable c’est 25 gourdes.
Si vous faites la moindre faute dans ce genre de travail, un retard, une faiblesse, une maladie…il y a des dizaines de femmes qui sont prêtes à prendre la place. Bien sûr il n’y a aucun droit social, ni retraite, ni assurance, ni rien.
Les écoles.
Bon, ça c’était seulement le préambule. Un cas parmi d’autres. Maintenant nous allons voir en détail comment les 90% d’écoles privées se débrouillent pour gagner de l’argent sur le dos des gens les plus pauvres et comment la plupart des enfants d’Haïti sont privés d’école. Cela à travers la situation d’une famille type de petits paysans du centre du pays…il y en a des centaines de milliers comme ça.
Dans cette famille il y a la mère. Son mari l’a quittée après le premier enfant. Disparu. Situation tellement courante en Haïti qu’elle ressemble à la règle. Elle s’est remise en ménage avec un homme qui lui a fait quatre autres enfants. Les enfants, c’est la retraite des gens pauvres…
L’ainée des enfants c’est R. : 25 ans. Issue du premier mariage. Elle est en terminale. C’est elle qui tient la maison Enfants-Soleil de Meyotte, avec un autre ancien étudiant aujourd’hui diplômé. Elle a beaucoup de chance, car avec les visiteurs, elle peut financer ses études et aider un peu les autres… (elle a beaucoup manqué l ’école car elle a été emmenée par une famille en République dominicaine où elle a passé des années sans aller à l’école, quand elle était plus jeune. La maman l’a laissée aller car elle ne pouvait pas la nourrir. Résultat : un gros retard scolaire. Aujourd’hui, elle travaille bien et plus tard elle voudrait devenir infirmière. Elle est le seul enfant du premier mari, disparu. La mère ne pouvait l’élever seule, elle s’est remise en ménage avec un homme. C’est la situation classique des femmes. Soit travailler dans la rue en revendant un peu de marchandises achetées au commerçant de la rue, soit se remettre en ménage en espérant que l’homme aidera, ce qui n’est pas souvent le cas, et refaire des enfants…

Cinq enfants sont nés de cette nouvelle union. L’un a 21 ans, il travaillait les champs avec le compagnon de la mère, il n’a pas pu suivre l’école jusqu’en secondaire... Mais c’est un très petit lopin de terre pauvre et ça ne peut pas nourrir une famille. L’autre a 19 ans, il a longtemps été hébergé en ville, par une connaissance de la mère, mais elle était si dure avec les enfants que tous ont fini par partir. Il travaille chaque fois qu’il le peut, pour essayer d’aller plus loin dans ses études. R. l’aide chaque fois qu’elle peut.
Il y a une sœur de 17 ans, Berlinetha, elle est en seconde…elle doit y rentrer cette année, mais ce n’est pas certain, on verra pourquoi en faisant les compte plus loin. Il y a une autre fille qui est en primaire, dans l’école du village où habite la famille. Elle a 8 ans.
Il y a aussi une petite fille de 5 ans, du second compagnon de la mère.
Combien faut-il d’argent à une famille pour que les enfants aillent à l’école ?
Adeline va au collège (ici ils vont jusqu’en terminale.)
Entrée (frais d’admission) : 7500 gourdes (115 euros) , puis 2000 gourdes(30 €) par mois, sur 10 mois. Si vous ne pouvez pas payer un trimestre, vous ne pouvez aller à l’école…. Et pour y revenir il faut quand même payer le trimestre où vous avez été renvoyé ! Il y a plus de 50 élèves par classe dans les meilleurs cas…mais dans les lycées d’Etat, qui sont moins chers, il y a 90 élèves par classe. Le jour de la rentre il faut se précipiter pour avoir une place assise. Sinon vous êtes debout au fond, et les enfants ne voient même pas le professeur… Mais les écoles d’état n’acceptant pas les élèves qui n’ont pas commencé dans une école d’état. Il y a trop de monde…
Les frais d’examen pour chaque trimestre sont de 400 gourdes (6 €). Les écoles font payer pour pouvoir passer les examens, sinon vous perdez tout. Un autre petit jeu très lucratif, qui se joue à chaque fin d’année : soudain, les élèves ont de mauvaises notes au dernier examen… ils sont alors obligés de suivre des cours de rattrapage durant l’été ! Ces cours sont surchargés et évidemment payants.
On a aussi inventé les graduations… ce sont des cérémonies de remise des diplômes, avec tout un tas de rites suivant les écoles, cela dure toute une journée, et c’est évidemment payant et très cher…parfois jusqu’à 7500 à 10000 gourdes pour les infirmières ou aides infirmières et beaucoup d’autres domaines. Pour elles c’est encore pire : il y a des stages obligatoires pour lesquels il faut payer, ainsi que pour les déplacements… les journées sont très longues et cela dure pendant des mois. Si on ne fait pas ces stages, on n‘a pas le diplôme. Ainsi, des milliers d’infirmières formées travaillent dans tous les centres du pays, et payent pour travailler pendant presque une année, après avoir obtenu leur diplôme…qui ne mène pas forcément à un emploi, puisqu’on a de la main d’œuvre gratuite…
J’ai déjà raconter le racket des écoles d’hôtellerie qui font des voyages à 700 dollars US, obligatoires, pour quelques visites d’hôtels de luxe…chez des amis de la direction, en république Dominicaine, voyage de quatre jours... sous prétexte de découvrir le monde de l’hôtellerie… avec une centaine d’élèves chaque fois.
J’en reviens à notre lycéenne. Il faut payer les uniformes obligatoires, mais acheter le tissu à l’école la plupart du temps. (Joli bénéfice : C’est 3250 gourdes pour une chemise et une petite jupe…) ensuite il faut le faire coudre par une couturière selon le modèle. Il faut aussi les souliers qui vont avec l’uniforme,(1500 bgourdes) le sac ,les livres, les cahiers, bref tout le matériel scolaire…. Elle a compté : c’est 6250 gourdes. Il y a ensuite les déplacements, la nourriture etc…
Pour R., ce n’est pas fini. Elle doit suivre des cours d’informatique en dehors du collège.
Exemple : Octobre 2016 à Août 2017.(11 mois) c’est une école privée qu’un prof a montée en plus de son travail… il a plusieurs écoles privées de ce genre, dans toutes les disciplines, y compris couture, cuisine etc.
500 gourdes / mois pour 1H30 par semaine = 5500 gourdes (83 €)
500 gourdes pour l’inscription.(7,5 €)
1250 gourdes pour les frais de documents (des photocopies…)(19 €)
Examens partiels : 250 gourdes x 3 = 750 gourdes.(11,5 €)
Examen final : 500 gourdes.(7,5 €)
Graduation 7500 Gourdes !(113 €)
Et le diplôme ne vaut évidemment pas grand-chose, mais sans initiation à l’informatique, comment préparer l’avenir…
Total, rien que pour le complément informatique : 15650 gourdes.

En tout, au minimum : 37400 gourdes, rien que pour la grande sœur.
Pour son frère qui est aussi en terminale : le total est de 28000 gourdes. L’établissement est moins cher, mais l’enseignement y est moins bon… les profs plus souvent absents faute d’être payés…
Berlinetha, qui est en seconde doit payer 20000 gourdes par an. C’est un collège de campagne…il faut voir !
Adanca, qui est en primaire doit payer 6000 gourdes et pour la petite dernière c’est le même prix.
TOTAL : 113050 gourdes ! 1712 Euros.
Pour des familles qui peuvent gagner 50 € par mois !

Les profs sont très peu payés, ils travaillent donc sur deux lycées, mais comment faire ? Voilà le système : l’autre jour, les élèves de terminale devaient avoir cours de midi à 14 heures. Ils ont attendu docilement le prof jusqu’à 14 heures. Il est enfin arrivé et a fait cours une demi-heure. Terminé, au revoir !
Mais tous savent très bien ce qu’il fait : il est allé faire son cours dans un autre lycée, durant 1H30. Ces élèves–là n’ont perdu qu’une demi-heure de cours… la fois suivante ce sera le contraire. La direction ne dit rien, ça lui permet de payer les profs moins cher…et donc d’encaisser l’argent des élèves. Personne n’ose dire quelque chose. Les autres établissements font la même chose. De toute façon, s’il manque des chapitres au programme, en fin d’année, il y a toujours les cours payants pendant les vacances !
Dans le public, c’est pire  : 90 élèves par classe, des grèves car les profs parfois, ne sont pas payés pendant plusieurs mois… Parfois aussi, les sujets des examens sont vendus aux élèves qui ont de bonnes adresses.
Le gouvernement ? il n’a pas d’argent pour agir.
Certaines écoles, très chères, sont totalement inaccessibles aux classes moyennes. Elles ont les bons profs, le matériel, la cantine, les heures de cours normales.