Une semaine en Haïti N° 1735 31 Décembre 2025

par Gérard

Nous espérons, pour chacun de vous et pour tous les êtres de bonne volonté qui souffrent, une bonne année 2026.
Le monde va mal et nous en sommes tristes. La liberté et la démocratie régressent et nous en sommes tristes. La soif de pouvoir, d’argent, la corruption, la négation des droits humains progressent, et nous en sommes tristes.
Nous tentons de faire notre petite part.

Meilleurs voeux à tous pour cette année 206 qui vient de commencer.

Pour nos amis haïtiens nous souhaitons la paix. Sans la paix et la fin des massacres des gangs, le pays ne pourra pas revenir à la stabilité, à la démocratie avec des élections, à la possibilité pour tous d’envisager un avenir décent. Les enfants de ce pays, si attachants, méritent mieux que ce qu’ils vivent. C’est un enfer pour une grande part de la population.

En 2025, Haïti a tutoyé les extrêmes
L’année qui s’en va a été un désastre pour beaucoup d’entre nous.

Jean Pharès Jérôme
30 déc. 2025

L’année qui s’en va a été un désastre pour beaucoup d’entre nous. Elle va nous laisser avec un lot record de déplacés internes. Le nombre de femmes et de filles violées, de personnes tuées et de disparus a explosé au cours des douze mois écoulés. Les organismes de défense des droits humains locaux et internationaux ont régulièrement documenté les victimes des exactions des gangs à travers le pays tout au long de 2025.
Les conséquences de la crise sécuritaire ne sont plus à démontrer. Les conditions de vie se sont dégradées au cours des dernières années avec une accélération en 2025. En matière de santé, d’éducation, de sécurité alimentaire, Haïti marche à reculons. Des maladies éradiquées dont le choléra refont surface. La faim constitue le quotidien d’une partie de la population.
En 2025, le quotidien des Haïtiens un peu partout sur le territoire national a été comme un film d’horreur. Le CPT et le gouvernement en sont les téléspectateurs. Tout au long de l’année, ils ont beau multiplier les promesses de combattre les gangs et de créer les conditions pour la tenue des élections, le pays s’apprête à débuter l’année 2026 sans voir une lueur poindre à l’horizon.
Aujourd’hui encore, on se demande de quoi l’après 7 février prochain sera fait. Les déplacés internes se demandent quand ils pourront rentrer chez eux. Les usagers des routes nationales se demandent quand ils pourront y circuler librement. La liste des questions sans réponses est longue.
Comme si les problèmes liés à l’insécurité ne suffisent pas, 2026 ne s’annonce pas tranquille pour des Haïtiens de la diaspora. Aux États-Unis, en République dominicaine et ailleurs, des compatriotes, même en règle avec l’immigration, sont dans l’oeil du cyclone. On ne peut que souhaiter que le cyclone annoncé change de trajectoire.
En dépit de tout, les Haïtiens ont trouvé de quoi se réjouir en 2025. Notre participation à la Coupe du monde U17 FIFA a été comme une bouffée d’oxygène. S’il est vrai qu’on n’a pas eu le parcours souhaité, cela ne doit pas nous empêcher de saluer l’exploit de nos jeunes Grenadiers.
D’un autre côté, la qualification, contre toute attente, de notre équipe sénior pour la prochaine Coupe du monde FIFA, a été comme un grand réconfort pour une population en détresse. Pour une rare fois de l’année, on a pleuré de joie. Les feux d’artifice ont remplacé les détonations d’armes automatiques. Dans la presse internationale, Haïti a fait la une pour son exploit dans le football en lieu et place des rapports accablants en lien avec les violations des droits humains, la misère, la corruption et les gangs.
Avec des exploits dans le domaine de la littérature et du sport au cours de l’année 2025, Haïti a réaffirmé son envie de vivre. Avec l’ambiance qui règne dans nos rues en cette saison de fête, les Haïtiens clament haut et fort leur envie de vivre.
2025 nous a apporté des pleurs, des souffrances atroces et aussi de la joie intense. Que les exploits de 2025 nous motivent pour faire mieux en 2026. Que l’année 2026 soit celle de la concrétisation des promesses de rétablissement de la sécurité et ses corollaires.

2026 : des marqueurs et des défis
En 2026, un quinquennat se sera écoulé depuis l’assassinat du dernier président élu, Jovenel Moïse.
Roberson Alphonse
26 déc. 2025

En 2026, un quinquennat se sera écoulé depuis l’assassinat du dernier président élu, Jovenel Moïse. Beaucoup d’exécutants dont les membres du commando de Colombiens sont sous les verrous. L’un des suspects haïtiens, en charge de la sécurité du président, à l’époque Dimitri Herard, s’est évadé de la prison civile de Port-au-Prince début 2024, et est toujours dans la nature. La cour d’appel a demandé l’approfondissement de l’instruction. La vérité judiciaire n’est toujours pas établie sur ce crime odieux. Des sceptiques disent qu’ils ne seront pas surpris que l’on annonce un jour que le président Moïse, criblé de balles, s’est suicidé.
10 ans depuis les dernières élections

2026 marquera une décennie depuis les dernières élections, celles du président Moïse, réalisées par la transition Privert/Jean-Charles, avec les ressources financières du pays. L’histoire retiendra que le président Jocelerme Privert a organisé des élections ayant permis à un candidat non issu de sa famille politique de devenir président. La démocratie, six pieds sous terre depuis cinq ans, sans élus, a fait l’affaire des démocrates présumés, dépeceurs assumés. Ils se sont refait une santé économique, ont servi les intérêts économiques de leurs « boss » alors que la population continue de marcher pieds nus sur les braises de l’enfer, tandis que les quartiers sont ravagés de plus en plus.

Les petits monstres d’hier, les ogres d’aujourd’hui
2026 marquera un quinquennat depuis la prise de l’entrée Sud de Port-au-Prince par les gangs. Les petits monstres nourris par le pouvoir et l’opposition depuis 2018, par des narcotrafiquants, des individus convaincus qu’il faut des armes pour sécuriser leurs biens et activités économiques sont devenus Viv ansanm, Gran grif, Coalition, etc. La course à l’armement n’a jamais été aussi importante qu’entre 2018 et 2025. Ce sont des responsables publics, de l’exécutif, du judiciaire, qui ont livré la bergerie. L’État a été infiltré par le crime organisé. Les chefs corrompus et criminels ou chevillés à des criminels ont provoqué l’implosion d’un État résiduel au départ de René Preval.

7 ans de contraction économique, emprise de l’économie criminelle
En 2026, sauf miracle, l’économie haïtienne connaîtra sa septième année de contraction économique. Le grand brassage d’air de 2025 sur l’appui au relèvement de l’économie sera au pied du mur, face à la réalité. Entre-temps, les incapacités fiscales de l’Etat, ses incapacités à exécuter des projets et programmes à l’échelle du territoire ne pourront plus être ignorées. Ni la réalité détestable de l’ascendance -non proprement mesurée- de l’économie criminelle par rapport à l’économie normale, régulée. Nous n’avons eu droit qu’à une toute petite estimation du rançonnement du transport de marchandises à la frontière. La ponction des criminels est estimée à 60, 70 millions de dollars l’an par le grand argentier de la République. Il faudra modéliser, mieux comprendre, interroger des cartographies actualisées et affinées de l’implantation et des opérations des groupes armés dans plus d’une vingtaine de communes dans l’Ouest, le Centre, le bas et haut Artibonite. Comprendre ce que le contrôle d’axes routiers importants pour le commerce, la circulation des personnes génèrent pour ces criminels. Savoir par qui et comment les sommes générées à partir des activités criminelles entrent et circulent dans l’économie.

Les USA resserrent l’étau autour des gangs et leurs alliés

En Haïti, où l’on combat ou prétend combattre Viv Ansanm et le crime organisé sans intelligence stratégique, législative, institutionnelle, la recréation pourrait toucher à sa fin. Le Congrès américain a voté « Haiti Criminal Collusion Transparency Act » dans le cadre de la « National Defense Authorization Act ». Une fois signée par le président Donald Trump, cette législation obligera le gouvernement américain à enquêter sur les membres des élites politiques et économiques haïtiennes ayant collaboré avec des gangs violents, de rendre compte de ces faits et d’imposer des sanctions à ceux qui seront reconnus coupables. La législation exigera que le secrétaire d’État soumette au Congrès, au cours des cinq prochaines années, une évaluation détaillée de l’ampleur et de la nature de la collusion criminelle en Haïti. Le rapport devra identifier les gangs les plus influents du pays et leurs dirigeants, ainsi que les responsables gouvernementaux actuels ou anciens et les hommes d’affaires ayant des liens directs et significatifs avec eux, et expliquer comment ces relations servent des intérêts privés. Cette législation commande un important travail d’intelligence, de collecte et d’analyse des communications, des circulations de flux de capitaux, de transferts d’autres avoirs générés. La DGI, l’AGD, l’UCREF, l’ULCC, l’Inspection générale des Finances, s’ils existent encore, seront aussi mises à contribution. Autour des criminels, de leurs sponsors, un étau se met en place. Il ne faudra pas être surpris si, dans les prochains mois, en attendant une loi votée par un parlement, que l’on commence à exiger d’Haiti des lois contre le monopole « anti trust ». Il est compris que l’organisation de cette économie, en dehors de la loi imposable à tous, un affrontement permanent a existé entre des groupes économiques. L’absence d’exigence de modernité a fait le lit de copinage entre des politiques véreux, rétrogrades, dénués de vision avec des gens d’affaires. Entre-temps, le besoin de rupture saute aux yeux. La liste de 16 000 morts victimes de la violence des gangs de 2022 à 2025 s’allongera en 2026. Il y a peu de chances que les « responsables politiques » cessent d’être des sangsues, les artisans du chaos que l’on connaît.

2026 : rendez-vous et défis

En 2026, le pays a des rendez-vous. Avec le sérieux, le sens de responsabilité. C’est crucial. Pour éviter des convulsions avant et après le 7 février 2026. Le pays est sous le chapitre 7 de la charte de l’ONU. La Force de répression des gangs (FRG) aura un chef civil et un chef militaire. Il appartient aux « responsables politiques » haïtiens d’après le 7 février, d’agir pour préserver le reste de souveraineté d’Haïti.

Notre État failli en désintégration avancée, pays de transit de la drogue vers les USA, menace à la sécurité régionale, ne bénéficiera pas de manière indéterminée de cette actuelle flexibilité et autonomie. Il faut agir pour éviter une forme hybride de pays administré. Au début du printemps, si les promesses sont tenues, la Force de répression des gangs consolidera l’influence du chef civil de cette force. Ce sera comme un retour aux années Valdez et Mulet.

Il faut cependant souligner que personne n’a ni l’envie ni l’argent pour faire un « baby-sitting » pour les Haïtiens. Sur ce point, il faut aussi éviter de se faire des illusions. L’abandon d’Haïti à son sort n’est pas une option. Des élections. Une nouvelle constitution. Des forces de sécurité ( police, armées, renseignements, douanes) renforcées, avec au moins 100 000 personnes à l’horizon 2036 sont des objectifs à poursuivre. La fiscalité pour supporter nos besoins en terme de sécurité publique et de défense du territoire passera par des réformes, la hausse de la pression fiscale, la valorisation de tous les actifs possibles à l’échelle du territoire national, une économie ouverte, compétitive, transparente.

En 2026, Haïti comprendra qu’avec le basculement de certains pays à droite, (les USA, le Chili), elle devra : inventer l’avenir, réduire ses dépendances aux transferts sans contrepartie de la diaspora et à l’assistance internationale.

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