Agro carburants

Les agro carburants sont sans doute moins polluants à l’usage que l’essence ou le diesel, mais ils sont un fléau, en aval, pour la planète et participent à la crise alimentaire mondiale actuelle : le développement des cultures qui sont consacrées à devenir du carburant a très certainement sa part dans l’augmentation des prix des denrées alimentaires de base.. Une catastrophe pour les plus démunis.

UN MORATOIRE POUR QUOI FAIRE ?

Éditorial n°10 : Les agro carburants, l'autre menace !
article publié le 3/01/2008 Attac.
Auteur-e(s) : Azam Geneviève , Cossart Jacques
Selon le Fonds monétaire international (FMI) relayé par le Financial Times, les prix mondiaux à la consommation des produits alimentaires augmentent de façon sensible depuis le premier trimestre 2006, alors qu’il n’en va pas de même pour les autres produits de consommation. Pourtant la Banque Mondiale nous apprend que l’indice des prix mondiaux agricoles, en général, s’inscrit sur une courbe descendante pour les quatre dernières décennies 1960-2000 ; sur la base d’un indice 100 en 1990, on note qu’il était de 208 en 1960 et de 87 en 2000 ! On retrouve ces tendances dans les séries statistiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour les périodes passées. En effet pour le blé, le riz et ce que la FAO désigne sous l’appellation, céréales secondaires, la baisse est importante (40 % pour le riz) entre 1995 et 2001 et s’inverse depuis ; mais, surtout, des prévisions -qui ne sont certes que des prévisions- ont été établies jusqu’en 2016 : le blé et le riz devraient accuser, par rapport à 2001, une augmentation de l’ordre de 40 % et 60 % pour les céréales secondaires.
Que se passe-t-il ? Les matières premières agricoles deviendraient-elles, soudain, rémunératrices pour les petits producteurs et les milliards d’être humains dont la survie dépend de cette activité ?
On peut rêver, la réalité est, cependant, beaucoup plus alarmante, les agro carburants, gérés par les marchés, devraient apporter une réponse à la fin du pétrole ! On ne reviendra pas ici sur les risques écologiques considérables que ces « produits » font courir à la planète. On pourra, à cet égard, se reporter aux nombreuses études effectuées, notamment, par Les Amis de la terre et, par exemple, un texte de Christian Berdot intitulé « Agro carburants : une catastrophe écologique et sociale programmée ! » .
On voudrait, en revanche, mettre en évidence les conséquences qui risquent d’être dramatiques quant au devenir social de notre planète. On pourra avantageusement se reporter au numéro 888 du 14 novembre 2007 de Courrier International –dont l’éditorial de Bernard Kapp que l’on pourra lire dans la rubrique « Pour en savoir plus » de ce numéro de La Lettre– dans lequel il s’alarme : « autant dire que l’avenir s’annonce particulièrement noir pour les centaines de millions de pauvres qui ont déjà bien du mal à manger à leur faim ».
L’Afrique subsaharienne, avec ses 690 millions d’habitants, abrite plus de 80 % de la population totale du continent. Près du tiers de cette population  (chiffre qui n’a pratiquement pas varié depuis 1990) souffre de malnutrition. On dénombre, en 2007, 37 pays ayant dû avoir recours à une aide alimentaire extérieure, 27 sont des pays africains. La FAO estime que le tiers environ des 2 milliards de dollars d’aide alimentaire mondiale ne parvient pas à ses destinataires (au passage on ne peut pas s’empêcher de rapprocher ce chiffre, témoin de la « générosité » internationale, des 1 300 milliards, au moins, de dépenses militaires !). Il faut aussi dénoncer les habitudes étasuniennes, dont dépendent 50 % de l’aide alimentaire mondiale, qui exigent que ces « dons » aient été produits aux États-unis et transportés par des entreprises étasuniennes.
Ce tableau catastrophique risque donc, selon toute vraisemblance, de s’aggraver encore. Comment imaginer, en effet, que les marchés vont avoir la volonté de relever ce défi ? L’ont-ils jamais fait ? En 1990, la population mondiale souffrant de la faim était estimée à 800 millions d’êtres humains ; en 2004 elle s’établit à plus de 850 millions ! Quelles leçons pourrions-nous supporter d’entendre de la part de ceux qui, sans doute, se trouvent parmi les 95 000 personnes dans le monde disposant, chacune, d’un capital financier supérieur à 30 millions de dollars ? C’est sur ce tableau qu’est projeté l’avenir radieux des agro carburants, pardon, des bio carburants, nos bons docteurs ne perdent jamais, en effet, l’occasion d’une expression dans le vent ! D’ici à 2030 l’Agence internationale de l’énergie prévoit une production mondiale de 1,8 millions de barils/jour d’équivalent pétrole d’agro carburants. A cet égard, on ne peut guère s’empêcher de se demander si ce n’est pas « beaucoup de bruit pour rien », -en matière énergétique, mais pas en revanche, en termes écologiques et sociaux- quand on veut bien se souvenir que la production mondiale de pétrole était, en 2006, d’environ 85 millions de barils/jour !
Soyons bons princes, la production de céréales et leur transport va enregistrer une vraie progression, vive la croissance ! La conjugaison de l’augmentation des prix pétroliers et ceux des produits céréaliers va, selon la FAO, contraindre les 82 pays à faible revenu à débourser plus de 28 milliards de dollars en 2008 pour tenter de ne pas mourir de faim. Ce sera 10 % de plus que l’année précédente. Le total des exportations de céréales vers les pays en développement sera de l’ordre de 52 milliards de dollars, ajoutez y les frais de transport et vous aurez un beau tableau de chasse pour les transnationales du secteur ! Que faut-il pour produire des agro carburants ? De l’eau et de la terre, l’une et l’autre prises, par construction, sur la production alimentaire. Il n’y aurait là aucun risque géopolitique, comme disent les experts ? les populations de Thaïlande, d’Indonésie, des Philippines ou, à l’autre bout de la planète en Colombie, vont-elles rester l’arme au pied ?
Il s’est produit en 2006 dans le monde, 475 milliards d’hectolitres d’agro carburants de la filière alcool, à partir du maïs, de la betterave, du blé et de la canne à sucre. C’est ce qui explique que les deux premiers producteurs mondiaux étaient les États-unis et le Brésil, avec respectivement 200 et 165 milliards d’hectolitres. Rappelons que, selon les chiffres officiels, près de 15 millions de Brésiliens souffrent de faim ! On peut aussi remarquer que les grands centres de production céréalière, particulièrement l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, l’Europe, l’Asie, sont les zones où la production d’agro carburants va s’accentuer. On ne peut pas ne pas redouter là, les pressions qui vont s’exercer sur les prix au détriment, en premier lieu, des 850 millions de personnes évoquées plus haut. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement indien prend l’engagement de planter 14 millions d’hectares de ce jatropha qui peut produire du diesel, la Banque inter américaine développement promet 120 millions d’hectares, et pour ne pas être en reste dans la surenchère, des très fortes pressions s’exercent au sein de l’Union Européenne pour que l’on comprenne que ce sont, au moins, 400 millions d’hectares qui sont disponibles en Afrique !
A toutes les graves conséquences sociales qui apparaissent clairement dans cette affaire, il faut en ajouter une qui aura des suites sur la longue période, ce sont les conflits fonciers, déjà pourtant importants dans plusieurs régions, qui vont s’exacerber.
Une fois encore les propriétaires du capital et ceux qui vont au devant de leurs désirs, nous délivrent leur message habituel « produisez, produisez, vous en obtiendrez quelque chose » ! S’agissant des agro carburants, il s’agit de nous convaincre que voilà bien la découverte d’une panacée. Il ne faut surtout pas entraver la croissance, il faut, au contraire, la « libérer » comme dit Monsieur Attali, vive le productivisme ! Diminuer les consommations d’énergie ? Bof !

Agro-carburants, biocarburants, carburants verts, des appellations diverses pour des conséquences aussi multiples que graves :
¤  Intensification des risques de famines et des problèmes de souveraineté alimentaire dans les pays pauvres ou "émergents". Risques de crises alimentaires dans les autres pays. (les pays pauvres sont contraints de consacrer toujours plus de terres aux cultures intensives de végétaux destinés aux agro carburants, au détriment des cultures vivrières qui les nourrissaient. On détruit les forêts qui sont le poumon de la planète. On pollue plus en transports .
¤  Droits humains bafoués dans les pays pauvres pratiquant les monocultures de canne à sucre, de soja et de palmier à huile (esclavage, conditions misérables de travail et de salaire...). Voir les conditions de travail des « Braceros » ou coupeurs de canne Hatiens dans les plantation de Saint Domingue . Il en est de même dans de nombreux pays du monde.
¤  Intensifications des maladies cancérigènes et mutagènes provoquées par les pesticides utilisés d'autant plus libéralement que les cultures ne sont pas alimentaires. Pollution des terres, des nappes phréatiques.
¤  Porte ouverte supplémentaire pour les OGM. L’utilisation des modifications génétiques peur entraîner des mutations irréversibles sur d’autres plantes et disséminer sur la planète. Aucune certitude quant à leur nocivité sur la santé humaine.
¤  Accentuation des expropriations des petits paysans de leur terre en Amérique latine et Asie. Tous les moyens sont bons. Les petits paysans sans terre sont désormais des millions à se retrouver dans les bidonvilles dans des conditions misérables.
¤  Bilan énergétique plus que douteux pour la planète comme pour le consommateur. Certaines plantes sont d’énormes consommateurs d’eau. Plusieurs pays du monde, dont Haïti, pourraient manquer d’eau dès 2025.
¤  Accroissement de la perte de biodiversité par la destruction des forêts tropicales et la quasi-disparition des jachères dans les zones tempérées.
¤  Accentuation du réchauffement climatique par la destruction des forêts tropicales.
¤  Pression supplémentaire sur la ressource en eau et accroissement de la pénurie en eau.
¤  Accélération des processus d'érosion des sols et de désertification par des pratiques culturales destructrices (monocultures, intrants chimiques, etc.).
¤  Démultiplication du pouvoir d'une poignée de multinationales détenant les semences, les OGM, les pesticides (insecticides, herbicides...) et une part de l'énergie nécessaire à notre quotidien.