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Il n’est pas facile d’expliquer pourquoi, grâce aux subventions aux agriculteurs du nord, les cours mondiaux des matières agricoles se sont effondrés depuis plusieurs années et pourquoi la hausse des prix de ces mêmes matières affament les plus pauvres des pays du Sud, sans la spéculation et une politique injuste de la part des pays riches et les exactions des multinationales de l’agroalimentaire.
Subventions et famine : L’exemple du coton.
L’effondrement du cours du coton sur le marché mondial -- une chute de 54 % depuis le milieu des années 90 -- menace l'existence même des communautés de petits producteurs, en particulier en Afrique.
Les subventions accordées aux divers secteurs agricoles en Europe et aux USA sont près de 4 fois supérieures à l’aide totale mondiale accordée aux pays pauvres
Bien que la chute du cours du coton ait des causes diverses et complexes, le facteur le plus important est, d'après certains analystes, la hausse des subventions gouvernementales versées aux producteurs de coton des Etats-Unis. De même, les subventions agricoles de l'Union européenne (UE) contribueraient pour beaucoup à la baisse du cours mondial du sucre. En 2001, les pays riches de l'Organisation de coopération et de développement économiques ont octroyé dans différents secteurs des aides à l'agriculture d'un montant total d'environ 360 milliards de dollars. Le versement de ces subventions aux agriculteurs des pays industrialisés suscite de plus en plus de protestations de la part des pays en développement, qui estiment que les subventions sont à l'origine de pratiques commerciales déloyales et de l'arrivée massive sur les marchés mondiaux de produits à bas prix, faisant chuter le cours des marchandises.
L'organisation non gouvernementale Oxfam affirme que les subventions américaines à la production et à l'exportation ont mis à mal en Afrique non seulement des petites communautés mais également des régions entières. Dans une étude portant sur l'impact en Afrique des subventions accordées aux producteurs américains de coton, intitulée "Cultivating Poverty" et publiée en septembre, l'ONG détaille ces effets négatifs en présentant une série d'interviews de petits agriculteurs du continent, dont M. Ouattara.
Pendant la saison 2001/02, note Oxfam, les Etats-Unis ont versé à leurs 25 000 producteurs de coton des subventions et autres aides d'un montant total de 3,9 milliards de dollars, soit deux fois plus qu'en 1992. Ces subventions ont favorisé la surproduction aux Etats-Unis et se sont traduites par l'arrivée massive sur le marché mondial de coton vendu à des prix inférieurs aux coûts de production. Les cours ont alors baissé à des niveaux auxquels les concurrents ont du mal à survivre.
Un avantage déloyal
D'après le rapport d'Oxfam, les subventions des pays du Nord défavorisent considérablement les exploitants agricoles pauvres de l'Afrique : "En faisant chuter les cours, les contribuables américains -- ainsi que leurs homologues européens dans le cas d'autres marchandises -- sont directement responsables de la pauvreté en Afrique." Oxfam estime que les subventions américaines se sont traduites en Afrique par un manque à gagner de plus de 300 millions de dollars pendant la saison 2001/02. Les subventions américaines influencent considérablement le marché mondial car une proportion importante de la production des Etats-Unis -- plus de 50 % -- est exportée, ce pays étant de loin le plus grand exportateur mondial.
En mai 2002, les Etats-Unis ont adopté un texte de loi visant à accroître encore le montant des subventions versées par le Gouvernement aux agriculteurs. Cette nouvelle Loi sur les fermes prévoit d'accorder 83 milliards de dollars supplémentaires, en plus des 100 milliards de dollars actuellement consacrés aux programmes existants. Les producteurs de coton, qui sont principalement de grandes entreprises agricoles, devraient recevoir 2,5 milliards de dollars supplémentaires par an pendant les six années à venir.
"Plusieurs pays d'Afrique centrale et occidentale sont victimes de l'injustice des Etats-Unis et de l'UE. Ces pays subventionnent leurs producteurs agricoles, au mépris des règles de l'OMC."
Le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré
Cela n'a fait qu'envenimer la question déjà très controversée des subventions agricoles et a suscité la colère de pays en développement. Le Brésil a porté plainte contre les Etats-Unis à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), arguant que Washington violait une "clause de paix" de l'Accord sur l'agriculture de l'organisation. Cette clause, qui comme par ironie du sort a été introduite à la demande des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE) lors des négociations commerciales du Cycle d'Uruguay, protège un pays de toute contestation qui pourrait être faite de son régime de subventions, tant que ces subventions restent inférieures au niveau de 1992. Le Brésil conteste les subventions des Etats-Unis dans le secteur du coton, car affirme-t-il, le montant de 2002 est deux fois supérieur à celui de 1992. L'OMC limite à 19 milliards de dollars par an le montant total des sommes que les Etats-Unis peuvent accorder à certains types de programmes agricoles. Mais, en utilisant un système complexe d'aides, de subventions et de crédits agricoles, Washington y consacre en fait environ 49 milliards de dollars par an.
Les débats sur les subventions agricoles sont souvent obscurcis par la terminologie juridique et le jargon technique employés. Les dirigeants américains affirment que leur pays respecte les règles de l'OMC car ses subventions (celles qui sont soumises aux réglementations de l'OMC) ne faussent pas le commerce international. Ils accusent également les pays en développement de mettre toutes les subventions américaines dans le même sac, alors que les réglementations de l'OMC imposent différentes conditions à différents types d'aides. Les dirigeants et les militants des pays en développement maintiennent que les Etats-Unis ne jouent pas franc jeu.
Mépris des règles de l'OMC
"Plusieurs pays d'Afrique centrale et occidentale sont victimes de l'injustice des Etats-Unis et de l'UE, déclare le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré. Ces pays subventionnent leurs producteurs agricoles, au mépris des règles de l'OMC. Ces pratiques nuisent aux économies nationales précaires des pays qui dépendent du coton." L'an dernier, le coton représentait 57 % des recettes à l'exportation du Burkina Faso, et 75 % du Bénin, pays voisin.
Des observateurs de plus en plus nombreux s'accordent à reconnaître que le problème est également en grande partie dû aux lacunes du pacte de l'OMC qui visait à régir équitablement le commerce des produits agricoles, l'Accord sur l'agriculture. En théorie, cet accord, qui est entré en vigueur en 1995, oblige tous les Etats membres à réduire les subventions qui nuisent au commerce. Mais de nombreuses possibilités de contourner cet accord ainsi que des réglementations favorables aux membres les plus puissants de l'OMC ont permis aux pays industrialisés non seulement d'éviter de réduire leurs subventions agricoles mais également, dans certains cas, de continuer à les augmenter.
Aux dépens de l'aide
Il est principalement reproché aux subventions agricoles de nuire directement aux efforts faits par les pays donateurs, y compris les Etats-Unis, en vue de combattre la pauvreté dans les pays en développement. On estime que 96 % de tous les agriculteurs du monde vivent dans des pays en développement et que quelque 2,5 milliards de personnes dépendent de l'agriculture. Beaucoup cherchent à s'extraire de la pauvreté en commerçant selon des pratiques loyales. Mais, au fil des ans, les termes défavorables de l'échange ont contribué pour beaucoup à faire reculer les parts de marché détenues par les pays pauvres. D'après l'OMC, la part des pays en développement dans les exportations agricoles mondiales est passée de 40 % en 1961 à 35 % l'an dernier
Parce que les économies de nombreux pays pauvres dépendent majoritairement d'un seul ou de quelques produits, elles sont particulièrement vulnérables à la baisse du prix des marchandises. L'effondrement des cours mondiaux du coton s'est par exemple fait durement sentir en Afrique centrale et occidentale, région dont les recettes à l'exportation sont fortement tributaires de cette marchandise.