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Les subventions que versent les pays riches à leurs agriculteurs sont de nouveau au cœur de la polémique. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont été accusés par Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, de «pénaliser les pays pauvres et de contribuer à l’urgence actuelle». Après les biocarburants, les subventions agricoles seraient responsables de l’aggravation de la crise alimentaire mondiale.
Les Etats-Unis et l’Union européenne dépensent en effet de lourdes sommes tous les ans pour soutenir leurs agriculteurs, concurrencés par les producteurs des pays du sud. Les marchés américains et européens se protègent également des importations agricoles et agroalimentaires, en imposant des droits de douanes et des taxes élevés aux produits étrangers. Deux pratiques aujourd’hui mises en cause par les pays du Sud et par l’ONU, qui les accusent d’aggraver la crise alimentaire mondiale.
Ces subventions compensent, pour un certain nombre de produits, des prix de vente inférieurs aux coûts de production. Elles encouragent également une production supérieure à nos besoins.
Qu'à cela ne tienne. L'ouverture des marchés mondiaux permet à nos surplus agricoles d'aller concurrencer, à bas prix, ceux des pays pauvres ou en développement.
Conséquence : les paysans africains, latino-américains ou asiatiques ne peuvent plus écouler leur production, plus chère que les produits occidentaux. Dans l'incapacité de vivre de leur travail à la campagne, ils émigrent vers les villes, où ils s'entassent dans des conditions misérables. Une partie d'entre eux (sans doute 5 à 10%) tente l'aventure plus loin et vient frapper aux portes des pays développés.
Ce schéma, connu, avalisé par toutes les études sérieuses, entraînera, comme un mouvement de dominos, le déplacement de 2 à 3 milliards de ruraux vers les villes, dans les 20 à 30 ans à venir. Ce qui devrait, mécaniquement, alimenter, dans le même temps, un flux migratoire de 100 à 300 millions de personnes vers les pays développés.
Subventions et protections douanières
L’Union Européenne consacre environ 40% de son budget à sa Politique agricole commune (PAC), soit environ 50 milliards d’euros, dont une partie est distribuée aux agriculteurs européens sous forme de subventions. De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis consacrent environ 90 milliards d’euros au soutien de leur secteur agricole. UE et Etats-Unis pratiquent également des droits de douane très élevés, afin de décourager les importations sur leurs marchés respectifs. L’Union Européenne impose par exemple des taxes qui peuvent s’élever jusqu’à 430% sur certains produits agroalimentaires.
Ces mesures s’apparentent à de la concurrence déloyale clament les pays du Sud, comme l’Inde et le Brésil. Et au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ils tentent d’obliger les Etats-Unis et l’Union européenne à diminuer leurs aides aux agriculteurs ainsi que leurs barrières douanières.
Or les négociations du cycle de Doha, entamées en 2004 et qui doivent théoriquement aboutir à une plus grande libéralisation des marchés agricoles, sont au point mort, précisément en raison d’un affrontement « Nord-Sud » sur cette question.
UE « puissance agricole forte » ?
Les plaidoiries brésiliennes et onusiennes en faveur d’une baisse, voire d’une suppression, des subventions agricoles, interviennent également alors que l’Union européenne procède actuellement à un « bilan de santé » de sa Politique agricole commune, dont le budget pourrait être sensiblement réduit après 2013. Ce qui ne satisfait pas les grands pays agricoles européens, au premier rang desquels la France (premier producteur agricole de l’UE), dont le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a de nouveau appelé la semaine dernière à une Europe « puissance agricole forte », à laquelle il propose de « produire plus et mieux ».
Les appels lancés ce dimanche depuis Accra viennent au contraire renforcer la position de la Grande-Bretagne, qui prône depuis longtemps une baisse des subventions agricoles dans l’Union européenne.