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Par Flore Coumau De Clercq | Journaliste, auteure | 09/04/2008
Le gouvernement nous l'a affirmé: "Les règles de la concurrence ne sont pas respectées. La grande distribution s'entend sur les prix au détriment des consommateurs." La grande distribution est-elle vraiment la cause de la flambée des prix ou n'est-ce pas une lame de fond que l'on tente encore d'ignorer?
L'inflation que nous connaissons aujourd'hui n'est que le reflet sur le territoire français d'une crise alimentaire mondiale qui touche gravement 37 pays sur la planète. Notamment en Afrique, dans des pays traditionnellement autosuffisants comme la Côte d'Ivoire, ou exportateurs comme l'Egypte. Le Mexique, où le prix de l'aliment de base, la tortilla de maïs, a augmenté de 14% en 2006, ou encore l'Indonésie, dont le prix du riz a été multiplié par deux en un an, donnent des exemples de crises sociales graves latentes.
Plus près de nous, les Italiens n'avaient-ils pas, à l'automne 2007, boycotté leurs pasta pendant plus de 24 heures dénoncer l'augmentation de leur prix? Les Français, à leur tour, doivent dépenser plus pour obtenir la même quantité alimentaire.
La sécurité alimentaire mondiale est sérieusement remise en cause par différents facteurs qui se conjuguent et sont interdépendants. A la conférence de Bal, le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a affirmé que "le changement climatique pose un défi de taille à la sécurité alimentaire mondiale".
Un pétrole qui flambe et des stocks qui s'amenuisent
Ces dernières années, les greniers à céréales de la planète, Ukraine, Etats-Unis, Australie et dans une moindre mesure l'Europe, ont affronté des catastrophes climatiques graves -sécheresses, inondations- et n'ont pu produire les quantités attendues de céréales. Cette faible production généralisée, qui a entraîné la consommation des stocks mondiaux, est l'une des premières causes désignées de l'envolée des cours de céréales.
Les pays les plus pauvres de la planète, premiers à subir les effets du changement climatique compte tenu de leur situation géographique -tout en étant les derniers à le générer-, ont connu des années d'importation brute de céréales. La FAO estime que le coût total des importations de denrées alimentaires de ces pays à faible revenu dépasserait en 2007 les 107 milliards de dollars, soit 25% de plus qu'en 2006.
Officiellement désigné en seconde rôle, l'envolée de 72% -de 58 à 100 US dollars- du prix du baril de pétrole durant l'année 2007. Le coût de production et du transport des céréales, le coût de la production d'engrais et d'insecticides grimpent d'autant et sont répercutés sur les prix de vente.
Il est facile de réduire à ces deux maux, cette crise des prix alimentaires. Ils nous cachent en réalité des mouvements de fond qui ont démarré avec la révolution industrielle et qui se sont accélérés après la seconde guerre mondiale.
Des habitudes alimentaires mondiales qui évoluent.
La population mondiale, aujourd'hui à plus de six milliards d'individus, va croissant et devrait dépasser les 9 milliards en 2050. En outre, les pays à très forte population -Chine, Inde- voient leurs habitudes alimentaires s'occidentaliser au fur et à mesure de l'accroissement de leur revenu. Ces populations abandonnent progressivement leur régime alimentaire traditionnel, majoritairement à base de protéines végétales, pour rejoindre le modèle occidental basé sur une très forte consommation de protéines animales.
Pourtant, la production d'aliments d'origine animale requiert dix fois plus de terres que pour une alimentation d'origine végétale. Les terres cultivables du monde sont dédiées à 64% à la nourriture du bétail. Pour exemple, 38% de la production de céréales et 90% de la production mondiale de soja sont dédiées à l'alimentation animale.
Cette demande alimentaire croissante en protéines animales exerce une pression directe sur les cours de céréales et indirecte sur les cours du pétrole.
En outre, l'urbanisation effrénée de la planète réduit d'autant les espaces arables et accentue les effets des changements climatiques: la sécheresse gagne du terrain en Chine, en Afrique et, bientôt, au Brésil tandis que les inondations, de plus en plus fréquentes, génèrent, par ailleurs, de graves dommages dans l'agriculture.
L'OCDE prévoit, qu'afin de répondre à la demande alimentaire et d'agrocarburants, la surface des sols consacrés à l'agriculture va croître de 10% d'ici à 2030. Les surfaces exploitables étant limitées dans l'espace, elles seront prises sur les forêts et notamment les forêts primaires, avec les conséquences que l'on connaît déjà sur le climat et la biodiversité.
Commentaire Enfants Soleil :
Que veut dire « agir », pour la plupart des organismes mondiaux ? C’est intervenir à posteriori pour « limiter les dégâts » avec quelques millions de dollars et des bateaux d’aide alimentaire….n’est-ce pas donner de l’aspirine à des malades atteints du cancer de l’injustice ?