Allocution de Son Excellence Monsieur René Préval, Président de la République d'Haïti à la 65ème Session Ordinaire de l'Assemblée des Nations Unies.
Nous passons les conventionnels remerciements à tous ceux qui ont aidé Haïti après le temblement de terre.
L’Assemblée générale est le principal organe délibérant, directeur et représentatif de l’ONU. Composée des représentants des 192 États Membres de l’Organisation, elle offre un forum multilatéral de discussion unique sur tout l’éventail des questions internationales abordées dans la Charte. L’Assemblée tient chaque année une session ordinaire intensive de septembre à décembre, qui peut au besoin se prolonger au-delà de cette période.
Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Chers délégués
Nous sommes au lendemain d'une réunion importante sur les objectifs du Millénaire pour le développement.
II y a dix ans, lorsque 189 nations s'étaient réunies ici pour prendre l'engagement collectif de réaliser en 2015 les huit objectifs du Millénaire pour le développement. La communauté internationale s'était en réalité mis d'accord sur une certaine vision de ce que devrait être le monde en 2015.
Un monde bien engagé dans la réduction de l'extrême pauvreté, où les enfants et les mères n'auraient pas à mourir faute de soins de santé, où tous les enfants auraient une place à l'école, où des millions de personnes cesseraient de mourir de faim chaque année, où les femmes auraient toutes les opportunités de s'épanouir dans une société sans discrimination basée sur le genre.
Cette vision était juste parce qu'elle place la dignité humaine au cœur des programmes de développement et de l'agenda de la coopération internationale.
Cette vision a aussi pour avantage de fournir aux pays et à leurs partenaires de la communauté internationale un cadre structuré, simple et clair pour planifier leur développement et organiser leur coopération avec les pays engagés à soutenir la réalisation de ces objectifs.
Si d'importants progrès ont été accomplis dans la direction de ces objectifs, à 5 ans de l'échéance de cet agenda en 2015, un long chemin reste encore à faire. Faute par les pays développés de concrétiser les engagements pris en faveur des objectifs du Millénaire.
Que dire de ces milliers de milliards de dollars engloutis depuis 10 ans dans des guerres aussi sanglantes qu'injustifiées!
Et que dire des budgets de défense, qui chaque année dépassent de loin ce qu'il faudrait pour atteindre les objectifs du Millénaire?
Que dire enfin des incalculables richesses volatilisées dans la course à la spéculation, dans l'arrogante suprématie de l'économie virtuelle sur l'économie réelle?
Allons-nous continuer à sacrifier le bien-être et la vie de millions d'êtres humains, l'avenir de notre planète, à cette culture de la peur et de l'avidité?
Que dire de la baisse continue de l'aide publique au développement alors qu'en 2005 les pays développés s'étaient engagés à en doubler le montant à l'horizon 2010?
Qu'est devenue la décision de favoriser un système commercial plus ouvert alors que l'aide aux agriculteurs des pays développés est plus du triple de l'aide publique au développement?
En vérité, la globalisation qui a débuté il y a des siècles avec les colonisations et l'importation de captifs africains pour servir d'esclaves dans les plantations de canne-à-sucre ou de café. dont les produits étaient ensuite exportés vers l'Ouest ou le Nord, a besoin d'être réinventée,
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Le moment est venu en effet pour nous d'inventer une nouvelle forme de globalisation, fondée en somme sur la simple notion de notre commune humanité, sur la confiance, la coopération, le respect mutuel; celui de notre environnement et de toutes les formes de vie qui l' habitent.
Il nous faut rompre et en urgence, avec cette vision qui érige le profit en véritable divinité, qui réduit les citoyens au rang de simples consommateurs et notre Terre en une colonie dévastée par notre faute. Le "village global" ne pourra éternellement conserver à côté de ses beaux quartiers, d'infâmes bidonvilles où l'humanité se dissout; un Nord et un Sud, non pas géographiques mais socio-économiques.
Vivant sur une île, et dans une zone balayée depuis toujours par les ouragans, nous sommes particulièrement inquiets du réchauffement de la planète et des dérèglements climatiques qui l'accompagnent. Cyclones plus fréquents et plus violents, montée du niveau de la mer.
Les pauvres devront-ils encore payer pour le gaspillage et l'appétit effréné énergétiques de leurs frères plus fortunés?
Faudra-t-ils qu'ils renoncent à l'amélioration de leurs conditions de vie pour alimenter la frénésie consumériste des pays dits développés?
La "guerre contre la drogue" se traduit par des escarmouches dans les pays consommateurs et par des sanguinaires batailles rangées dans ceux de production et de transit, allant jusqu'à menacer l'existence même de leurs États.
Les pays du Sud vont-ils continuer à être indexés, comme responsables de la production ou du transit des drogues illicites, alors même que la locomotive de ce lucratif trafic est la demande des pays du Nord?
Et que dire du trafic des armes à feu, qui, lui, coule du Nord vers le Sud et qui accompagne celui des drogues illicites?
La réponse à ces questions nous appartient et nous ne saurions plus longtemps les éluder sans courir à notre commune perte.
Le seul espoir qui subsiste est celui d'un humanisme renouvelé, lucide, englobant tout le vivant, et l'environnement dont nous sommes à la fois dépendants et responsables.
En ce sens, la coopération Sud- Sud est porteuse de promesses nouvelles et je convie les dirigeants des pays du Sud à approfondir cette voie pour le bien-être de leur population respective.
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Certains des discours que j'ai entendus au cours de cette assemblée générale semblent révéler un début de prise de conscience différente, qui pourrait être à la hauteur de notre vision de la nouvelle humanité à construire.
Il faudra, comme toujours, veiller à aligner les engagements et les actions sur les généreuses rhétoriques.
Je formulerai le vœu que l'embargo contre le peuple cubain soit levé.
En plus d'avoir été condamné par de nombreuses résolutions de cette assemblée générale, un tel embargo est de plus contraire aux valeurs que nous promouvons en matière de commerce international.
Chers délégués,
Je manquerais à mon devoir de ne pas présenter au nom du Peuple haïtien mes sympathies aux nombreux peuples victimes ces derniers temps de catastrophes naturelles: Chili, Chine, Pakistan, Guatemala, Mexique.
Je terminerai en évoquant les élections présidentielles et législatives qui marqueront dans mon pays la fin de mon mandat et celle d'une année particulièrement éprouvante pour le peuple haïtien.
Il est important de mener à terme ce difficile processus, avec rigueur, équité et transparence, condition indispensable pour consolider notre jeune démocratie.
J'en appelle donc à tous les acteurs nationaux et à nos amis internationaux pour qu'ensemble nous traversions ce carrefour électoral avec succès.
Je vous remercie!
HL/ HaïtiLibre