Chronique d’Haïti Janvier 2007
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Marie Hélène Lestrohan est à Haïti, pour 5 mois, pour Enfants-Soleil. Il faut beaucoup de courage pour travailler à Haïti dans des conditions dangereuses et pénibles. Comme tous les membre d’Enfants Soleil, elle est bénévole. Sa tâche : effectuer un bilan général des activités sur le terrain, avec l’équipe locale. Dispensaires, écoles, collèges, lycées et cantines, agriculture ( jardins communautaires.) dans tout le pays. Elle met en place la cantine dans l’école « La Fraternité » Cité Soleil. Une zone extrêmement dangereuse où les pillages, les enlèvements et les meurtres sont quotidiens. Elle va aider à réaliser des mini réseaux informatique dans les écoles et les dispensaires du Sud …et bien d’autres tâches.
Vous pourrez lire sa chronique régulièrement.
Samedi 13 janvier 2007
Bonsoir et bonne année à tous,
Je profite d'un créneau d'électricité pour tenter d'écrire cette quatrième lettre. Méci ampil - "merci beaucoup" en créole - à Danielle et Monique de m'avoir dit leur impatience de la recevoir. En fait, j'y pense chaque jour depuis deux semaines, mais voilà, un peu de flemme et la plume sèche : crainte de radoter et difficulté à choisir les épisodes que j'ai vécus depuis un mois.
Quoi vous dire sur Noël ? je l'ai vécu ici, à Port au Prince, où l'ambiance était à la peur. Plusieurs kidnappings d'enfants ont eu lieu dans la première quinzaine de décembre, un papa a été tué alors qu'il voulait empêcher le rapt de son petit garçon, un autre tout petit a été enlevé et tué, et un bus de six enfants enlevés le 12 décembre a créé une véritable psychose ici. Les rumeurs les plus folles ont circulé : 300 kidnappings auraient été programmés pour le 24 décembre, ainsi qu'une journée kidnapping " à prix réduit "... (on en rit aujourd'hui, car cette rumeur a dû partir d'un humoriste, mais dans le moment personne n'avait vraiment envie de rire.) Les écoles ont été fermées à partir du 14 décembre sur ordre du ministère et j'ai même reçu un mail de l'ambassade de France m'intimant de ne sortir qu'en cas de réelle nécessité... De toute façon, un attaché de l'ambassade m'a prévenu, dès mon arrivée : l'Ambassade de France ne paie pas les rançons de ses ressortissants... ils sont prévenus et Haïti fait partie des Etats déconseillés sur le site Internet du Ministère des affaires étrangères. Toutefois, rares sont les étrangers kidnappés, et il paraît, que le kidnapping des trois Lyonnais en Janvier dernier était une erreur de voiture.
Le 16 décembre, je suis allée à Verrettes où je devais rencontrer les paysans de notre petite coopérative agricole que je gère à présent. Quatorze paysans exploitent près de trois hectares de terre que l'association loue grâce à l'aide financière de Quimper-Antillles et SOS-Enfants. Quatorze paysans qui n'avaient pas de terre et qui sur ces terres si fertiles de l'Artibonite (une région et un fleuve magnifique qui traverse le centre d'Haïti d'est en ouest) cultivent du maïs - deux récoltes par an -, des haricots, des aubergines, des piments, des corossols, des mangues et des goyaves. Quatorze paysans hyper-sympas dont j'avais vraiment apprécié l'accueil en janvier 2006 lors de ma première visite. J'ai plein de projets pour eux et je vous en ai parlé dans ma lettre précédente : maintenant, il faut que l'assos. trouve les sous ou des partenaires prêts à nous aider...
J'ai rejoins Claudine, à Verrettes, une nana un peu comme moi, un peu " électron libre " , mais elle est infirmière et voit tout de suite les résultats de son travail. Elle est en Haïti pour quelques mois et vit aux Verrettes dans des conditions très difficiles : pas d'électricité, pas d'eau courante, une petite chambre, la salle à manger et la cuisine sont dans le jardin et un soir qu'il pleuvait nous nous sommes couchées à 18h30... Elle a l'habitude de missions à Madagascar où elle a monté un centre nutritionnel pour les jeunes mamans allaitantes mais n'y est pas allée cette année pour cause de
"chicuntounia " - pas sûre de l'orthographe, tu me corrigeras Muriel en buvant ton champagne - Je ne suis pas sûre qu'elle tienne ici jusqu'en Avril, comme prévu, elle me disait que c'était plus difficile qu'à Madagascar !!!
Cette semaine passée aux Verrettes m'a fait du bien, Port au Prince est vraiment le " chaudron du diable " et j'ai respiré là-bas un peu d'air pur...et mis mes poumons au repos. Ici je m'offre un gros rhume tous les quinze jours... la pollution est telle que tout le monde est constamment enrhumé et que l'asthme et les maladies pulmonaires font des ravages.
Je suis rentrée ici le 23 décembre et, le lendemain, j'ai emmené à la plage - 2 h30 de voiture pour une plage payante mais propre - 4 gosses et leurs mamans dans ma petite sidekick prévue pour 4 personnes ... pique-nique, bain dans une eau qui doit avoisiner 30°, - quand je nage un peu loin, l’on me crie : " Hélène ne va pas à Miami... ", ramassage de coquillages dont nous avons fait des colliers le lendemain, le bonheur quoi... le 25 décembre fut plus morose, surtout pour moi...
Le 26 je pars pour Jacmel, considéré comme le Cannes d'Haïti : c'est une station balnéaire réputée dans le sud avec quelques beaux hôtels noyés dans la verdure, des plages de sable blanc bordées de palmeraies magnifiques... la ville pourrait être très belle, mais les vieilles maisons coloniales en bois sont complètement dégradées et perdues dans des constructions en parpaings très laides. Le festival de cinéma au mois de novembre est très prisé ainsi que le carnaval qui dure pratiquement un mois, les artistes et les artisans y sont nombreux aussi..
Grâce au Père Soler, j'avais là-bas deux points de chute : l'évêque, qui habite une propriété magnifique mais que je n'ai pu joindre au téléphone et donc pas " réservé " de chambre, et Monsieur Geffrard dont je vais vous parler car il est de ces hommes rares qu’on ne rencontre que dans ces pays un peu fous.
Geffrard est de Bâle, ingénieur dans une industrie pharmaceutique, il décide à 38 ans de faire un tour du monde... il passe par Haïti, il n'est jamais reparti... A Jacmel, il crée, il y a 34 ans, la première école secondaire qui est devenue l'une des cinq meilleures d'Haïti, avec des méthodes pédagogiques géniales. Comme l'école secondaire fonctionne de 7h. à 13h. il accueille de 14h. à 16h. des enfants des rues et des restaveks dont les instit. sont les meilleurs élèves du Lycée du matin ; ces élèves-moniteurs, reçoivent une formation pédagogique, mais leurs élèves sont très difficiles, souvent des ado. qui vivent dans des conditions très difficiles et n'ont connu que la violence. Les élèves moniteurs reçoivent de l'école une bourse pour leurs propres études. De 16h. à 18h. l'école accueille d'autres cours gratuits. Malheureusement cette école est pratiquement en faillite et ne survit que grâce à la volonté des prof. qui acceptent un salaire minimum : ils sont tous des anciens élèves de l'école... Geffrard habite au centre de la ville, une superbe demeure blanche et bleue, en ruine : devant l'état du toit je lui ai demandé s'il ne craignait pas qu'il s'effondre " le couvreur m'a dit que les poutres étaient tellement pourries qu'on ne peut plus y mettre un clou... , m'a-t-il répondu avec philosophie ". Le plancher du 1er étage est " à jours " et je me demande combien de mois il va encore tenir. Lui et son épouse, Yolette - une de ses élèves qu'il a épousée il y a 25 ans - vivent très chichement mais ils ont table ouverte et on entre chez eux comme dans un moulin, pour téléphoner, regarder la télé, manger quelque chose, ou, comme moi, dormir... Leurs quatre enfants font leurs études en Suisse, boursiers de la confédération helvétique mais l'une des filles travaille dans un Mac-Do à Fribourg pour aider ses frères et soeurs. La rencontre avec un type de cette envergure, gai comme un pinson et qui, à 72 ans, continue d'être prof. de physique et directeur de l'école, vous requinque le moral... Il a reçu toutes les distinctions haïtiennes et helvétiques mais pratiquement pas d'aides financières... de beaux diplômes en papier... mais pas de sous... ou pas assez, car de moins en moins d'élèves peuvent payer la scolarité et son déficit est d'environ 1 500E par mois, combien de temps pourra-t-il tenir encore... ? Si vous connaissez un mécène..., ce serait tout de même trop injuste qu'il doive fermer l'oeuvre à laquelle il a consacré sa vie... Yolette est fatiguée par ces soucis, elle-même est instit dans une école publique et gagne environ 80E par mois... lui, un peu moins car il ne se paye que pour ses cours et ne prend aucune indemnité de direction. Il n'est retourné en Suisse que 4 fois en 34 ans, faute d'argent, et encore un voyage lui a été offert par la confédération helvétique... pour le féliciter...
Mais j'allais à Jacmel pour y rencontrer Marie-Hélène Metellus, c'est un des piliers d'Enfant-Soleil en Haïti ; sage-femme elle dirige un Centre de santé à Cayes-Jacmel. Nous l'aidons par l'envoi de médicaments et du petit matériel médical, mais aujourd'hui, les étagères de la pharmacie sont quasiment vides... Marie-Hélène est elle aussi une femme rare, généreuse, soignante avant tout, complètement donnée à ses patients. Ce qui n'est pas toujours le cas parmi le personnel soignant ici, comme j'ai eu l'occasion de m'en rendre compte, et l'expérience que j'ai vécu pour soigner Fernand, (cf. lettre 1) vaut la peine d'être racontée car elle vous donnera une idée des difficultés que rencontre un malade en Haïti.
Le samedi 10 décembre, Fernand me téléphone me disant qu'il souffrait terriblement d'un orteil. Pensant qu'il s'était donné un mauvais coup, je lui apporte un tube de Kétum et du dafalgan. Cela le soulage un peu mais le lundi je le conduis à l'hôpital communautaire, l'orteil est vraiment moche, il est terriblement enflé et alors qu'il ne montre aucune blessure, suinte du pus, la cheville aussi est enflée et je crains la gangrène... Une cinquantaine de patients attendent dans le hall d'entrée. Nous attendrons 5h... Une infirmière profite de l'attente pour faire un petit cours d'hygiène à la foule qui attend, sur la prévention de la typhoïde. Je dois sortir un moment car je suis prise de nausée : un homme hurle dans une salle voisine et des gens rient d'entendre ses cris. J'apprendrai dans la journée que l'anesthésie coûte cher et beaucoup de malades ne peuvent la payer : alors on opère à vif... Fernand entre enfin dans le cabinet d'un médecin et en sort dépité. Celui-ci lui a demandé de quoi il souffrait, n'a pas examiné son pied - il portait pourtant des sandales ouvertes -, lui a demandé son nom et donné une prescription... et un nouveau rdv. mercredi. Je pense au risque de gangrène et décide de l'emmener dans l'hôpital le plus " chic " de Port au Prince, l'hôpital privé des riches... aucun médecin de garde, il est 14h. On nous dirige au centre de santé de Médecins sans frontières : les grilles sont fermées et des grappes de gens y sont agrippées : ils attendent de voir arriver les grands blessés, on a les distractions qu'on peut... J'explique au vigile le cas de Fernand " A-t-il été blessé par balle, ici on ne soigne que les blessés par balle " Je lui demande de me prêter l' arme qu'il porte à la ceinture " Si je lui tire une balle dans le pied, il pourra entrer ? " le vigile ne rit pas... et la foule des badauds me prend pour une folle !!! Inutile d'aller plus loin, d'ailleurs l'hôpital général est en grève... Nous allons donc acheter les médicaments prescrits par le médecin du matin.
Le lendemain, Fernand doit assister à une réunion de prière dans une maison : je dois assister à une séance de guérison par un pasteur-guérisseur et voyant... nous emmenons le pasteur dans cette maison particulière où est rassemblée une bonne cinquantaine de personnes qui chantent et prient depuis plusieurs heures... je vois le pasteur s'isoler avec un garçon et discuter longuement avec lui... Une personne prend Fernand à part et lui dit avoir eu une révélation " le mal de son pied est une batterie " ??? Fernand m'explique qu'une " batterie " est un mauvais sort jeté par une personne qui lui veut du mal... Le pasteur entre en scène : il s'agenouille au milieu de la pièce, prend l'air inspiré, met sa main sur son oreille comme s'il tenant un téléphone, a des grimaces de douleur... puis quand " la communication avec le Très-haut est établie, se lève et appelle le premier malade :
" je voudrais voir la dame qui a une tumeur au sein "... comment a-t-il deviné ? Moi, je me doute bien que c'est le jeune homme que j'ai vu à l'entrée qui l'a renseigné sur les maux dont souffrent les gens... mais pour les autres qui ont pourtant vu la même chose que moi, c'est Dieu qui le lui a révélé. Malaxage du sein, - pas beau à voir -... bref, le miracle n'aura pas lieu... mais il aura lieu le lendemain... sûrement ... car Dieu est grand... à moins que cette dame ait mérité un châtiment... Deuxième patient " je veux voir un homme qui a mal au côté " ; un vieil homme s'avance appuyé sur un déambulatoire sommaire et soutenu par son épouse. C'est un hémiplégique. Le pasteur le masse avec vigueur, lui étire les membres, je me demande s'il ne va pas y arriver. Après tout, il pratique l'ostéopathie et s'il s'agit de contractures, je vais assister au miracle... mais non, le pasteur ne se démonte pas " cet homme est malade depuis trois ans, il faudra plusieurs séances "... Ah ! même Dieu n'est pas si tout puissant que ça... en fait cet homme me dira, plus tard, avoir été victime d'un accident cardio-vasculaire, poussée de tension à 24 ... je lui recommande de continuer à prendre ses médicaments... L'autre serait bien capable de lui ordonner d'arrêter... d'ailleurs, le pasteur me dit guérir le Sida et Fernand confirme avoir assisté au témoignage d'un sidaïque guéri par le pasteur... mais il n'a aucune preuve que cet homme l'était avant... ici, on n'a pas besoin de preuves... la foi suffit et elle fait des ravages... je promets à Fernand un séjour avec sa femme et sa fille en France s'il voit guéri un jour l'hémiplégique...
Jeudi, l'orteil est de plus en plus moche, suinte beaucoup, malgré le permanganate et l'amocilline prescrit par le premier médecin... la cheville est toujours enflée... nous retournons à l'hôpital communautaire... re-attente de quelques heures... je reste dans ma voiture et Fernand m'appelle au téléphone, le médecin va opérer... Ce n'est pas le même que le lundi : il m'explique qu'il doit ouvrir car c'est un abcès, sous anesthésie générale... il faudra payer la location de la salle d'op., l'anesthésiste et lui... au moins 3000$h, soit 300E. mais Fernand ayant déjeuné il faut attendre l'après-midi et aucune salle n'étant disponible, rdv. est pris à 4h. dans un autre hosto... je ne dispose que de 1000$h et les banques sont déjà fermées... Je lui propose de lui régler le solde le lendemain... lui montre ma carte de crédit... rien n'y fait pas de sous, pas de soins... et votre serment d'Hippocrate ? pas de réaction... je lui dis que je vais aller chez moi chercher des sous, je crains toujours que le mal empire et Fernand souffre beaucoup... espérant en trouver chez les voisins... je suis prise dans un embouteillage et renonce... lorsque je reviens à l'hôpital, Fernand et Anne-Marie son épouse, ont été priés de sortir et de revenir le lendemain à 9h. ; je les retrouvent sur le trottoir.
Vendredi matin : Fernand est pris de panique, a peur de l'anesthésie générale... Anne Marie propose qu'on aille dans une clinique dont elle a entendu parler : enfin, on s'occupe de lui dès son arrivée, une infirmière baigne son pied - ce qui n'a pas été fait jusque-là - le médecin nettoie l'orteil à fond, prescrit piqûres et pansements ... il aura fallu cinq jours pour soigner une urgence... mais trois semaines après l'orteil n'est pas encore tout à fait guéri, il s'agissait d'après ce qu'on nous a dit d'une mycose infectée.
Cette longue histoire permet de comprendre pourquoi les gens ont recours aux pseudo-guérisseurs : dans la plupart des centres de soins, ils ne reçoivent aucune considération et ne sont que des " payeurs ". Le pasteur, au moins, regardait ses malades, leur parlait gentiment et leur donnait l'espoir... et ne réclame pas les sommes que les gens ne peuvent payer. Mais quels dégâts ils font... L'espérance de vie est de 50 ans, ici, et elle a baissé depuis deux ans. Les Haïtiens envient Cuba où les soins sont gratuits et les médecins excellents. Nombre d'entre eux viennent en mission ici et ils ont une excellente réputation.
Je ne vous ai pas parlé de mes orphelines : j'aurais pourtant beaucoup à vous dire. Le jour de Noël, je leur ai apporté une caisse de pommes - fruit de luxe ici - et quelques chocolats et j'ai passé le 1er janvier avec elles : au menu soupe de giromon (citrouille) selon la tradition. Le 1er Janvier est la fête de l' Indépendance et les anciens esclaves, qui n'avaient pas droit à cette soupe des maîtres, en ont fait le symbole alimentaire de la conquête de leur liberté. Wadeline, vous savez ce bébé qui a failli mourir, se porte bien. Mais les quatre nourrissons passent la journée dans leur berceau - un pour deux - et on ne les en extrait que pour les gaver. Pas de biberon, la manque d'hygiène est tel que les médecins les proscrivent... alors on les gave - c'est vraiment le mot - à la cuillère d'une bouillie épaisse... nombreuses diarrhées, mais on grossit quand même... il y a quand même des miracles, dans ce pays... Haïti est cependant dans le palmarès de tête de la mortalité infantile... quand un enfant meurt, c'est la volonté de Dieu... que voulez-vous faire... je n'ai pas encore réussi à faire laver les mains avant le repas... et le bénédicité obligatoire ne remplace pas la propreté, mais cela les soeurs ne le comprennent pas... Clarina commence à se traîner à quatre pattes sur la terrasse de ciment brut, elle a neuf mois, et ramasse tout ce qu'elle trouve : un jour, je lui ai enlevé de la bouche un vieux morceau de viande trouvé dans la poussière et que les rats n'avaient pas encore mangé... je suis découragée, vraiment, j'y vais de moins en moins... mais la saleté dans laquelle vivent ces petites finit pas me répugner. Ce n'est pas bien, je sais, mais j'ai mes limites aussi. L'école recommence demain, je vais essayer de me secouer et de reprendre mes séances d'aide aux devoirs. Pendant les vacances, il n'y avait rien à faire - elles n'ont aucun jeu de société, aucun livre et j'ai vite épuisé mon répertoire de comptines enfantines. L'inactivité ne semble pas les déranger. Ce fait m'étonne d'ailleurs ici. La plupart des gens n'ayant pas de travail peuvent rester, debout, le dos appuyé à un mur, toute la journée, sans rien faire ...
Shirley, une gentille étudiante, que j'ai rencontrée, me disait hier " les Haïtiens sont résignés ", moi, je dirais
" anesthésiés " par le manque d'espoir. Elle, elle en a qu'elle puise dans sa Foi et pourtant sa vie est difficile aussi. Elle aurait voulu entrer à l'université cette année pour devenir professeur de philosophie, mais les études sont trop coûteuses et trop longues, alors elle prépare un diplôme de gestion comptable pour trouver rapidement du travail et entamer ensuite, quand elle travaillera, des études de philo. " tu sais, moi, j'ai beaucoup de chance, mes parents ont pu me payer des études jusqu'au bac, mais il y a une soeur et un frère derrière et les études pour trois, il ne peuvent pas, bien qu'ils travaillent tous les deux : le papa est chauffeur et la maman travaille à l’usine. Moins de 150E. par mois..., une paire de sandales ou une jupe coûte 3E. mais des produits comme le gaz ou même le charbon de bois grève vite le budget. J'ai l'impression que tous les Haïtiens que je rencontre ont des difficultés quels que soient leurs revenus, quand ils en ont. J'ai vu, au marché, une dame s'acheter un tout petit poisson séché, 1 gourde soit 2cts. d'euros... peut-être pour donner un peu de goût au plat de riz familial ou à la bouillie de maïs.
Pourtant en me souhaitant la " Bonne année " plusieurs amis m'ont dit leur espoir. Ma copine Junie a monté un petit restaurant et il marche bien : elle y emploie son frère et sa soeur. Elle est sûre que la situation ici va s'améliorer en 2007. " Tu sais les années paires sont toujours mauvaises. " Pourtant les élections de l'an dernier qui ont donné au pays de vraies institutions démocratiques laissaient espérer une amélioration mais la situation économique ne cesse de se dégrader... ainsi que la criminalité.
Hier, j'ai vu mon second colibri en cinq mois. Il était sur le toit de la maison et récoltait des brindilles pour son nid. Peut-être un signe d'espoir. Les oiseaux sont extrêmement rares : ils ont été tués et souvent mangés car ils faisaient trop de dégâts dans les récoltes. Il reste quelques ortolans pourtant, des rossignols et quelques perruches que les jeunes de Mirault m'ont promis de me montrer quand ils m'emmèneront faire une randonnée dans les Mornes.
Il me reste à vous envoyer le courrier demain matin au Cyber. Je vous souhaite à tous vraiment une très, très bonne année.
Marie-Hélène.