Choléra en Haïti: nouveau bilan de 724 morts, dont 4 à Port-au-Prince
( Le Nouvelliste : 12 novembre 2010)
Haïti: L'épidémie de choléra qui sévit en Haïti a fait 724 morts, dont quatre à Port-au-Prince, tandis que 11.000 malades ont été hospitalisés, a annoncé jeudi le ministère haïtien de la Santé, soit 81 morts de plus que le bilan annoncé la veille.
Selon des statistiques disponibles sur le site internet du ministère de la Santé, 497 décès, soit plus des deux tiers du total des morts recensées, se sont produits dans le département de l'Artibonite (nord), principal foyer de l'épidémie.
Quatre décès ont été recensés à Port-au-Prince, où vivent près de 3 millions de personnes, dont plus d'un million dans des tentes, dans des conditions sanitaires précaires, depuis le séisme du 12 janvier.
Par ailleurs, 11.125 malades ont été hospitalisés depuis la découverte du choléra dans le pays, ajoute le ministère.
Plusieurs centaines de personnes sont maintenant hospitalisées dans des centres de traitement du choléra (CTC) à Port-au-Prince où les autorités craignent une nouvelle flambée.
Chaque matin, en regardant les nouvelles d’Haïti, nous découvrons que le drame s’est encore amplifié et que le choléra gagne du terrain. Nous nous souvenons des nouvelles rassurantes que donnaient les grands organismes il y a quelques mois, affirmant que, si la situation des habitants était précaire, il n’y avait pas d’épidémie en perspective. Nous disions que notre inquiétude était grande, et les conditions de vie si désastreuses que de nouveaux drames sanitaires étaient à craindre. Non seulement le choléra mais d’autres épidémies comme la méningite. Une petite fille parrainée était morte dans un camp de port au Prince sans même que l’on se soit préoccupé de la raison de son décès. ( Une forte fièvre et un mal de tête le matin et le décès le soir).
Les décharges sauvages, délavées par les grandes pluies polluent les rivières, les inondations rejettent dans les rues le contenu des toilettes, les ordures et les excréments encombrent les rues…une grande part de la population n’a pas accès à de l’eau potable ou aux conditions d’hygiène minimales.
Il est étonnant que l’ « épicentre » de l’épidémie soit un lieu qui n’a pas été touché par le séisme. Saint Marc, Gonaïves ( Département de l’Artibonite). Il existe plus de 1000 camps à Port au Prince, certains sont totalement improvisés et ont été créés par les habitants eux-mêmes, sans aucune aide. Des bidonvilles comme Cité Soleil sont des lieux où se déversent toutes les ordures et les égouts de Port au prince, ce qui est « idéal » pour que se développent des épidémies. C’est une grande crainte pour tous ces habitants déshérités.
Nous avons dès le début de l’épidémie envoyé les fonds pour que les produits d’hygiène, des désinfectants et de l’eau propre soient achetés en grande quantité, que les consignes d’hygiène soient répétées dans les écoles et transmises aux familles. Tout cela est en place, grâce aux infirmières qui avaient déjà participé aux urgences après le séisme. La fermeture des écoles est-elle la meilleure solution ? Certaines familles n’ont pas chez elles des conditions d’hygiène assez strictes pour lutter contre l’expansion de l’épidémie.
Que seront les élections dans de telles conditions ? Et si elles ont lieu, de quelles élections s’agira-t-il ? Qui sortira du chapeau ? Avec quels moyens de gouverner ? Les résultats seront forcément contestés, et cela pourrait donner lieu à des violences , dans un contexte où la population est déjà au bord de la révolte, vu la lenteur des déblaiements et, 9 mois après le séisme, la lenteur du démarrage de la reconstruction du pays.
Il y aurait 10000 associations oeuvrant en Haïti ! très peu arrivent à travailler ensemble.
Un exemple :
Depuis 12 ans, après de nombreuses demandes, nous n’avons jamais eu une seule réponse de l’UNICEF Haïti. Même pour de la documentation pour nos campagnes d’hygiène dans les écoles et pour les populations des campagnes. Voici un extrait de la réponse d’un de nos bénévoles sur place. Une demande d’une vingtaine de bancs/ pupitres pour l’école de Cité Soleil « La Fraternité », qui date du mois de mai…
« Pas de banc suffisamment, Unicef n’a toujours rien dit, nous avons été à l’Entreprise à qui l’Unicef a confié la construction des bancs, moi et Michel ( le directeur de l’école) pour savoir exactement qu’est ce qui se passe. Le Directeur de l’Entreprise nous a dit que cela va prendre du temps, car, ils n’ont même pas terminé avec le premier contrat dont la Fraternité ne fait même pas partie, il nous a dit aussi qu’il a reçu toutes les applications des écoles mais l’Unicef n’a pas encore envoyé l’ordonnance pour le démarrage du nouveau contrat, dans ce cas, il aurait fallu qu’on fasse quelque chose et vite. Nous avons essayé de voir si on pouvait se procurer quelques bancs sous forme d’achat dans l’entreprise, ils sont intéressés mais les bancs sont trop chers, 120 USD l’unité ; un professeur chez Michel nous a référé à une petite Entreprise d’un particulier, Michel l’a déjà rencontré, il a été convenu de faire une douzaine de bancs à 2000 Gourdes l’unité (36 €), mais moi j’y vais aujourd’hui même pour négocier, je trouve que c’est cher, mais de toute manière il faut vraiment qu’on ait une douzaine de bancs de toute urgence, je vous tiendrai au courant des prix retenus pour la fabrication d’une douzaine de bancs. »
Nous allons acheter ces bancs sur nos fonds propres.
Le PAM aidait la cantine de cette école. Il y avait, en 2009, 83 élèves à la cantine, deux cuisinières, et un repas chaud tous les jours pour tous... Nous avons reconstruit cette école, une seconde tranche est en route pour réhabiliter le bâtiment principal (qui est utilisé mais pas confortable pour les enfants). La cuisine est toute neuve et fonctionnelle. Aujourd’hui, nous avons 120 enfants…de nombreuses inscriptions n’ont pas pu être acceptées faute de place. Des enfants sont assis par terre sur des parpaings. La cantine n’est plus soutenue par le PAM malgré nos demandes réitérée. Nous servons des repas dans la mesure de nos moyens, c'est-à-dire pas tous les jours. C’est insuffisant. Nous sommes à Cité Soleil, 250000 habitants, des conditions de vie inimaginables, où les enfants ont bien du mal à avoir un repas décent par jour ! Et le choléra qui arrive.
L’école du Sacré Cœur n’a pas non plus la moindre aide du PAM. Nos dernières demandes datent de mars. Les trois quart des enfants accueillis viennent du Quartier Bel Air, très défavorisé et désormais en grande partie détruit. Les familles sont dans les camps. En 2009, nous ne pouvions leur servir qu’un bol d’AK100 ( bouillie de maïs vitaminé) à midi. Il n’y a plus rien.
Pour l’école Massawist, à Verrettes, il n’y a pas un repas par jour pour tous : le nombre d’enfants a augmenté avec les petits réfugiés de Port au Prince. Il faut établir un tour pour que tous aient un peu. Une bonne moitié des familles est sans emploi, sans revenu.
Depuis de très nombreuses années (plus de 30 ans), je tiens des stands pour l’Unicef, en France. Je me demande si je vais continuer.
« Quel que soit l’être de chair et de sang qui vient à la vie, s’il a figure d’homme, il porte en lui le droit humain. » écrivait Jaurès. Quel droit humain, tous ces enfants oubliés ont-ils ? Ni celui d’être protégé, ni celui de l’instruction, ni celui de l’accès à la santé, ni celui même de la parole si leur souffrance n’est entendue.
Gérard Renard. Secrétaire.