Notes de voyage HAITI du 4 au 19 février 2006

par Annie COLIN

Samedi 4 février

1 h de retard au décollage de Roissy en raison du brouillard.

Arrivée à Madrid à 13 h. 1 er incident : ma valise a été malmenée et est un peu endommagée.

17 h 20 : décollage pour Santo Domingo (boeing 747)

20 h 30 : arrivée à St Domingue ! Metellus Bekens et M.Hélène nous attendent et nous conduisent à l’hôtel réservé pour nous à Boca Chica (Hôtel Tropical Garden) : magnifique jardin, appartement confortable, douche, eau chaude, 1 chambre pour Gérard, 1 pour M.H. et moi. On va faire un petit tour pour se désaltérer et au retour, je m’écroule de fatigue : 4 h du matin heure française.

Dimanche 5 février

Une bonne nuit, pas de petit déjeuner (un verre d’eau) et nous voilà partis pour notre 1 er bain sur la plage de Boca Chica. Eaux turquoises, chaleur agréable. Un petit café, un beignet et nous retournons à l’hôtel où nous retrouvons Bekens. Je le film devant une fresque qu’il a peinte dans le jardin de l’hôtel. A 14 h nous repartons pour la plage où nous déjeunons de poissons grillés et bananes plantin devant des petites cabanes colorées où tous ces mets sont préparés. Ambiance festive, musique, tout y est : c’est dimanche à Boca Chica et il y a beaucoup de monde.

Lundi 6 février

Visite de la campagne dominicaine. A 10 h, nous attendons Metellus qui arrive à 11 h avec un petit 4/4 loué pour la ballade. Nous partons pour Bayaguana et Monte Plata au pied des montagnes. Nous traversons de petits villages, très pauvres, routes défoncées. Nous nous arrêtons à la cascade « eau claire ». A 14h, nous nous arrêtons pour déjeuner dans un petit restaurant où des touristes sont déjà attablés. Riz-pois et poulet grillé, dégustation de rhum bois bandé. Des enfants rentrent de l’école. Cette promenade touristique est organisée régulièrement pour les touristes, par le frère de Metellus qui gagne ainsi sa vieAu retour, crevaison. Nous visitons ensuite une ferme où nous cueillons différents fruits : oranges amères, pamplemouses (chadèques), fèves de cacao…. Beaucoup d’arbres : amandiers, manguiers, arbres à pain, âme véritable, caféïers, fruits des indiens avec des graines dont Metellus me maquille savamment le visage !

Rentrés à Boca Chica, nous faisons la connaissance de Rulisa Justin Rukim, Rwandais qui travaille en Haïti depuis 2 ans pour World Vison, ONG américaine, et qui était venu se reposer ici durant la période électorale en Haïti. Toujours pas de nouvelles d’Haïti pour savoir si les frontières seront ouvertes et si nous pourrons nous y rendre mercredi comme prévu….

Mardi 7 février – Santo Domingo

Nous prenons un bus qui nous amène dans le centre de Saint Domingue. Cela grouille de partout, il faut faire attention où l’on marche, aux voitures déglinguées qui déambulent : ce n’est pas encore Port au Prince, mais un avant goût…

Nous partons à pied vers le quartier colonial où nous avons rendez-vous avec Enrique de Leon, l’ami de René Soler. Heureusement, Gérard est là pour faire l’interprète car Enrique ne parle qu’espagnol. Nous profitons de cette journée pour faire quelques emplettes, visites (musée de l’ambre, galeries de peintures….). Je réussis à envoyer une petite carte à Michel car Gérard est toujours pressé….

A 16 h, nous rentrons par un bus tout aussi brinquebalant qui nous ramène à Boca Chica.

Nous mangeons un morceau, car bien sûr, nous n’avons pas eu le temps de manger durant toute la journée. Je suis KO !

Mercredi 8 février

La veille, nous avions refait nos bagages, car ne pouvant tout emmener en Haïti, nous en confions une partie à Metellus en espérant les récupérer à notre retour. Après une nuit agitée et quelques moustiques, réveil à 6 h pour départ, enfin, vers HAITI !

Mais rien n’est simple ! un bus, un 2 ème bus en direction de l’ambassade d’Haïti où nous pensons pouvoir prendre un bus qui assure la liaison St Domingue/Port au Prince.

Mais là, à 9 h, on apprend que la frontière est fermée alors que la veille, on nous avait dit qu’il n’y aurait pas de problèmes. On pourrait prendre le risque de passer…. Mais dans le doute de se retrouver bloqués à Jimini, on fait demi-tour. Là aussi, merci à Gérard de nous sortir de ces tracas. Un taxi « pourri » nous emmène à l’aéroport car nous décidons de prendre l’avion. Nous sommes avec Justin, notre ami Rwandais qui souhaite également rentrer en Haïti. De 11 h à 13 h, nous attendons un possible départ et envisageons de prendre un aller/retour. Nous retrouvons également M.Hélène qui est toute surprise de nous voir encore là ! (MH était venue nous accueillir à Boca Chica et avait un billet A/R réservé pour Port au Prince).

A 14 h, nous décollons…. Superbe !

Une escale à Barahona (poste douanes), et nous re-décollons. A 16 h, nous arrivons à l’aéroport Toussaint Louverture. Il est en fait 15 h (1 h de décalage horaire).

Je suis un peu oppressée et j’appréhende la sortie de l’aéroport (je pense à Sœur Agnès). Mais non, tout est calme ; nous attendons l’arrivée d’Ostène. Il arrive avec son fils Lundie et Fernand. Je ne peux retenir quelques larmes tant l’émotion est forte. Nous partons tous les 6 dans la voiture d’Ostène. C’est jour férié et la circulation est assez aisée. A un carrefour, Ostène avait donné rendez-vous à Stéphanie (la filleule de Gérard), sa tante et Htonn. Quelques minutes seulement et nous repartons à l’hôtel Palace où nous attendent Michel Jeanthyl (directeur de l’école la Fraternité à Cité Soleil) et sa femme. Encore de l’émotion !

Puis nous partons à la maison qui nous est réservée à Delmas 65 (11 rue Capucine).

Ostène nous laisse généreusement sa voiture et repart chez lui en tap-tap car la nuit approche et ici il est sage de ne pas circuler la nuit.

Avec Fernand, nous allons manger une part de pizza, nous le déposons chez lui et rentrons à « notre » maison. MH conduit et on tombe dans un trou ! (bouche d’égout dont la grille en fer a été dérobée). Gérard se fâche et s’énerve un peu avec MH …. On rentre enfin et je vais me coucher, il est 19 h ! je cherche dans le noir ma précieuse lampe de poche !….

Jeudi 9 février

Réveil à 4 h du matin au lever du soleil et au chant du coq ! 1 er café noir !

Nous faisons dès 8 h, une réunion avec Ostène, David, Fernand et Michel Jeanthyl.

Verly, neveu d’Ostène, me téléphone pour me souhaiter bienvenue en Haïti et je craque de nouveau.

Je photographie Jeunesse, petit restavek, qui travaille à la maison voisine et à qui je donne quelques bonbons. Michel demande si l’on peut aider par des médicaments, la Croix Rouge Haïtienne à Cité Soleil. Je lui donne un appareil photo jetable pour qu’il fasse quelques photos à Cité Soleil sur la Croix Rouge, l’école… et il nous fera un rapport sur les besoins réels.

J.Baptiste Roboam (Directeur de l’école du Sacré Cœur à Port au Prince) et son fils, normalien, viennent nous rejoindre. Cet homme, âgé de 75 ans, très modeste, me demande des nouvelles de maman, de ma santé et cela me touche beaucoup.

Michel Jeanthyl me signale un petit orphelin de 8 ans (Killy) qui vit à Cité Soleil avec sa grand’mère et qui aurait bien besoin d’être parrainé lui aussi.

A 12 h 30, nous partons déjeuner tous ensemble (riz pois et poulet). Notre équipe nous quitte et tous les 3 (Gérard, M.Hélène et moi) allons au cyber afin d’envoyer un message pour rassurer tout le monde. Nous rentrons à pied « chez nous » où nous avons rendez-vous avec Dachka, la filleule de René SOLER, avec sa petite fille Isabelle. Celles-ci arrivent vers 16 h, nous bavardons et nous la raccompagnons chez elle, à La Boule/Pétionville, avant la nuit qui tombe vers 18 h.

Vendredi 10 février

Nous partons visiter l’Hôpital Adventiste d’Haïti, à Carrefour Diquini. (nous fournissons régulièrement des lunettes de vue à cet hôpital). Nous sommes reçu par Emilie Clotaire, Administrateur de l’hôpital : présentation de l’association Enfants Soleil, définition des besoins de l’hôpital,…. Mme Clotaire nous adressera un rapport précis.

Le Dr Kérollé, responsable du service ophtalmologie, n’est pas là, mais nous visitons néanmoins son service : matériel vétuste et insuffisant. Les montures que nous envoyons sont utiles, mais il manque : appareils de vision, fond d’œil (lampes à fente), fils de suture, films radiographiques, lampes pour salle d’opération, appareil à sucion, stéthoscopes….

L’hôpital couvre une zone d’environ 60 000 habitants.

Nous montons ensuite à Pétionville et visitons les lieux du prochain dispensaire d’Ostène, financé par Enfants Soleil. Celui-ci est en cours de construction, il devrait être achevé fin 2006. Le sous-sol servira d’entrepôt, le rez-de-chaussée pour les consultations et un étage réservé à l’hébergement.

En quittant ces lieux, nous nous arrêtons quelques instants pour photographier Canapé Vert où habitent Stéphanie et Htonn.

Puis, nous allons au Centre ville, boulevard Dessalines où nous déjeunons à l’Hôtel Acropolis (44 bd Dessalines). La mère de Widney y fait la cuisine. Au menu, jus de chadèque et cabri.

A 14 h, nous avons rendez-vous avec les enfants parrainés de Port au Prince, au Champ de Mars, près du Palais Présidentiel. La 1 ère arrivée est Bénédithe et sa maman, Marie José Désamours, infirmière. Encore un grand moment d’émotion ! les autres enfants arrivent à leur tour : Medjina, Juslène, Myrneva, Precia, Fedling…. tous adorables, gentils, polis.
Nous distribuons quelques cadeaux, offrons des jus de fruits, des bonbons et nous nous promenons dans le parc. Les enfants sont heureux, ils jouent sur les tobogans ; ils sont ravis.

A 16 h, nous les quittons.

Rentrés à la maison, David (chargé de mission auprès des peintres), nous attend avec des toiles. Pendant que Gérard et MH choisissent et font le tri, je prends ma 1 ère douche et me lave les cheveux à la lumière d’une lampe à pétrole.

Oswalde, Verly et lundie (enfants d’Ostène) arrivent pour nous saluer et nous souhaiter aussi bienvenue.

A 19 h je me couche, vannée de cette longue journée, après avoir soupé d’une bouillie pour bébé, toujours éclairée par ma lampe de poche !

Samedi 11 février - Jacmel

6 h 30 : départ pour Jacmel avec Michel Jeanthyl et Ronald. Nous traversons tout d’abord Carrefour, Martissant, …. quartiers populaires et très miséreux de Port au Prince, puis nous roulons vers la campagne verdoyante et les mornes arides :
paysages superbes, petites marchandes de fruits le long de la route, femmes et enfants qui font la lessive dans les rivières, paysans à dos d’âne, ….

Arrivés à Jacmel vers 11 h, nous avons rendez-vous avec M.Hélène Metellus, infirmière à Jacmel. Nous visitons le marché de Jacmel et déjeunons ensuite au bord de la mer, à Caye Jacmel, dans un charmant hôtel pour touristes avec paillottes au bord de la plage. De jeunes garçons vont nous cueillir des noix de coco dont on se régale. Je choisis de manger du lambi, gros coquillage, coupé en lamelles et accompagné d’une sauce légèrement épicée. Une marchande de chapeaux en paille (je lui en achète un en latanier – feuilles de cocotier), d’autres marchands de statues et objets divers en bois (j’achète une canne sculptée car je m’étais foulé la jambe la veille). Quelques enfants se baignent et sont ravis que je les filme. Nous quittons cet endroit charmant à 14 h car la route est longue et il faut à tout prix arriver à Port au Prince avant la nuit pour déposer Michel à Cité Soleil. Michel est ravi de cette journée : natif de Jacmel, il n’était jamais retourné dans son pays natal et n’avait jamais vu la mer !

A l’entrée de Port au Prince, à Carrefour, nous sommes pris dans un « blocus ». Il s’agissait en fait d’une cérémonie funèbre (fanfares, défilé des familles et amis…) qui bloquait la circulation. Puis nous prenons le boulevard Dessalines, le marché de fer… une foule immense, bruyante ; nous sommes entourés d’enfants des rues qui s’accrochent à la voiture en suppliant qu’on leur donne quelques gourdes.

Dimanche 12 février - Verrettes

Lever à 5 h 30, nous partons à 6 h 30 avec Ostène et sa femme Marie Josée, pour Verrettes.

Nous quittons P.au P., traversons Croix des Bouquets, puis nous longeons la mer avec pour paysages les mornes arides. Nous arrivons à St Marc à 11 h 30 où nous visitons une petite école (Ecole J.Ronsard) où 2 instituteurs souhaiteraient une aide en livres.

Encore 1 h de route parmi les carrières de pierre qui blanchissent toute la végétation et procurent une énorme poussière, et nous arrivons à Verrettes !

A l’école « Le Destin », Wista nous attend et tous les enfants sont là depuis 9 h du matin ! Un accueil chaleureux nous est réservé : danses, chants, lever du drapeau, prières, petites scènes de théâtres, …. Tous les enfants et leurs parents sont là.

Ostène et Wista font un discours enflammé et nous présentent à l’assemblée réunie. Les enfants chantent, dansent, nous offrent un coq à Gérard et moi, et pendant tout ce temps j’essaie de filmer ces instants merveilleux et ne peux m’empêcher de verser quelques larmes.

Nous distribuons les cadeaux, les bonbons (ce n’est pas 1 kg de bonbons, mais 10 kg qu’il aurait fallu ! les enfants et les mamans aussi tendaient la main). Puis vient la remise des enveloppes aux familles d’enfants parrainés (450 gourdes leur sont remises chaque mois pour le « mieux vivre » et 150 gourdes pour l’écolage, soit 10 et 3 €. Le solde (10 €) étant versé à un fond de solidarité pour les frais de cantine, de scolarité, uniformes et aides urgentes pour les enfants en attente de parrainage.

Tout ce petit monde rentre chez eux et Wista nous convie à un petit repas (jus de corossol, pintade et riz-pois) préparé par Lalanne.

Elle nous fait visiter son habitation et les pièces qu’elle a préparées pour nous recevoir. Puis nous allons au centre de Verrettes, aux Ateliers de Sœur Agnès. Mais Agnès n’est plus là, elle est repartie, nous dit-on, en Guadeloupe afin de s’y reposer après le choc de son kidnapping subit le 26 janvier avec 2 de ses compagnons, Blandine et Jean.

Nous allons ensuite voir la maison de Manouchka Louicius. Sa maman est là et nous reçoit. Arisma est absent. Je filme quelques scènes pour nos amis Raimondi qui ont adopté Marlène et parraine Manouchka, la petite sœur. Notre constatation est qu’il n’y aurait pas de grand frère et que la petite dernière, Pasline, serait à Port au Prince, dans une crèche, en attente d’adoption.

Nous revenons chez Wista où nous faisons une réunion sur les projets en cours (jardins, écoles….) ; de nouveaux jardins sont prévus à Jumelle (2 carreaux ½) et la première tranche de travaux est envisagée pour début novembre 2006. Gérard prend des notes et fera un rapport.

18 h 45 : Dawins, mon filleul, revient me voir avec sa maman. Il voudrait des « chicos » (pop’corn). Je donne 400 gourdes à sa maman qui élève 8 enfants (le père est décédé).

Lundi 13 février

Réveil à 5 h 30 – Ostène nous apprend qu’il y a des manifestations à Port au Prince, la route nationale 1 est fermée, et la route est semée de barricades depuis St Marc. Nous sommes inquiets pour le retour.

A 8 h 15, les enfants arrivent à l’école. Lever du drapeau et hymne national, prières avant de commencer l’école.

A 10 h, nous allons visiter la petite école de Mirault, actuellement en feuilles de latanier ; elle sera bientôt construite en dur par l’association.
Puis nous partons visiter les jardins : champs de pois calalou gombo, pois congo (arbustes), papayers, aubergines, corossol, citrons verts, manguiers, goyaviers, amandiers, bananiers, palmier royal, arbre véritable, arbre à pain, liane collier…. Les paysans sont satisfaits et heureux de cultiver, cela leur permet de nourrir leur famille et de faire quelques bénéfices en vendant sur les marchés.

Ostène leur parle avec véhémence et fermeté : il faut qu’après deux années d’aide financière, les paysans soient capables de s’autofinancer et donc doivent faire des économies pour payer l’essence, les semences, etc…

Nous devrons également leur procurer un moulin pour moudre les grains ; ce moulin pourra servir à d’autres paysans et sera donc une source de revenus.

A 13 h, nous rentrons à Verrettes ; c’est la sortie de l’école puis vient l’heure de la cantine.

Nous ne savons toujours pas quand nous pourrons retourner à P.au P. en raison des manifestations et émeutes. Nous passons donc l’après-midi à éplucher des pois. Le papa de Rosemène Dauphin nous aide à cette tâche (Rosemène était absente de la fête, retenue à P.au P. chez sa tante). Dawins balaie la cour avec son petit frère Stanley qui ramasse les feuilles.

Wista procède à la remise des cadeaux qui nous avaient été confiés par quelques parrains et marraines (Steeve, Guerlande, Stanley, Berthona). Tout est consigné sur un registre. Cette distribution ne pouvait se faire la veille devant les autres enfants pour éviter toute jalousie.

Je prends une photo de Frankel Iléus ; c’est un gentil petit garçon qui est en attende parrainage.

Ostène téléphone régulièrement pour avoir des nouvelles de la capitale. Le dépouillement des élections n’est pas terminé. Préval a fait un communiqué comme quoi il était nommé Président alors que les chiffres sont encore incertains (49 % ?), ce qui est la cause des émeutes. Les banques, commerces, écoles, sont fermés ; il y a des barricades partout.

A 16 h, nous allons au cyber et j’ai le plaisir d’avoir un mail de Michel auquel je réponds pour le rassurer. Au retour, je parle longuement avec Wista qui me console mais je reste soucieuse pour notre retour sur P au P.

Wista nous apporte des gâteaux de figues et du crémas qu’elle confectionne elle-même (mélange d’alcool, coco, lait concentré et muscade). Wista prépare, à la lumière d’une bougie, des cadeaux pour notre retour (café d’Haïti, bouteille de crémas). A 20 h nous allons nous coucher.

Mardi 14 février

A 6 h 30, nous quittons Verrettes après des adieux touchants. Wista espère que certains membres de l’association ne déposeront « pas de fiel, mais plutôt du miel » sur tout le travail effectué par elle (gestion des jardins, écoles, cantine, parrainages….). Ostène la félicite et l’encourage en la nommant « général de brigade » !

Nous arrivons à St Marc où la route est ouverte mais les barrages de la veille sont toujours présents (carcasses de voitures, de bus, pneus calcinés, roches….).

Dans tous les villages que nous traversons, c’est le même spectacle.

 

Nous faisons une halte au Club Med qui fut construit après le régime Duvalier. Cet espace est gardé et entretenu. Nous pouvons le visiter et rêvons qu’il pourrait être un lieu de vacances pour tous les enfants et des touristes qui viendraient participer et échanger avec les habitants de la région.

Nous reprenons la route et à Cabaret, les choses commencent à se gâter. Des barricades avec pneus enflammés nous attendent. Ostène avait pris au départ un poster de Préval (au cas où…) et moi, mon tee-shirt « nèg marron » (emblème révolutionnaire de l’indépendance d’Haïti en 1804). A 11 h, nous arrivons aux abords de P.au P., à Croix des Bouquets : barricades, routes barrées, pneus enflammés…. que nous traversons quand même mais à chaque barrage, nous devons faire demi-tour : nous sommes pris dans une souricière.

 

Des chars et des camions de la Minustha sont là, ils forcent le barrage et nous en profitons pour les suivre.

Gérard au volant, maîtrise la situation avec beaucoup de sang-froid ; Ostène prie tandis que je lui tiens la main fermement. Nous empruntons la route des Frères qui mène à Pétionville, mais nous devons à nouveau changer de direction pour prendre la route du haut de Delmas. Beaucoup de monde, à pied (ni tap-tap ni voitures dans les rues, les gens ne se rendant plus au travail depuis samedi).

Nous déposons Ostène à Delmas 21 qui se rend à pied jusque chez lui. Quant à nous, nous remontons à Delmas 65. Ouf de soulagement ! Nous nous remettons de toutes ces émotions en allant nous restaurer et boire une bière au « Bon coin » dans notre rue. Les petites marchandes sont installées comme si de rien n’était. La vie continue quand, soudain, une foule compacte, colorée, bruyante, déboule dans la rue en chantant, en criant « Préval Président ». Les petites marchandes sautent de joie et dansent.

Après déjeuner, nous allons au cyber café afin de rassurer nos proches tandis que Préval fait un discours à la télévision avec Monseigneur Toutou venu d’Afrique du Sud. Nous attendons toujours les résultats finaux des élections du 7 février. Ceux-ci ne sont que partiels : 46 à 48 % pour Préval, Manigat en 2 ème position. Le peuple souhaite l’élection de Préval mais la petite bourgeoisie préfèrerait Manigat, ce qui explique tous ces débordements. Des contestations quant au comptage des voix sont exprimées et certains demandent à ce que Préval soit nommé Président sans qu’il y ait un 2 ème tour. Rentrés à la maison à 16 h, une bonne douche nous requinque et Gérard épluce des chadèques pour nous désaltérer.

Ce mardi après-midi, nous avions prévu de rencontrer les enfants parrainés de Cité Soleil ; rendez-vous avait été donné au Champ de Mars à 15 h. Hélas, compte-tenu des évènements, Michel Jeanthyl n’a pas voulu prendre le risque de sortir de Cité Soleil avec les enfants, les parents ne voulant pas également confier leurs enfants par crainte.

Mercredi 15 février

5 h 30 réveil. A 6 h, Ostène nous téléphone. Barricades partout. Nous ne savons pas ce que nous allons pouvoir faire aujourd’hui. Nous avions prévu d’aller à Croix des Bouquets, quartier des sculpteurs sur fer.

Préval a appelé la veille au soir, à la TV, ses manifestants à continuer de manifester ! ce qui se passe et toute vie professionnelle est paralysée. Ostène ne sait pas s’il pourra venir jusqu’à nous, ainsi que Fernand, David… tout le monde est bloqué chez lui.

A 9 h, Stéphanie, sa maman, son frère, Nadège et Htonn viennent malgré tout nous rendre visite. A 10 h, Ostène arrive également avec son fils Geovency. Pourtant des barricades se sont formées un peu partout et à Pétionville. Nous sommes un peu inquiets pour notre retour (Américan Air Lines, Air Canada ont suspendu leurs vols), Caribair ne répond pas ?…

Nous téléphonons à Mme Sananès à l’Ambassade de France mais ne peut nous recevoir ni cet après-midi, ni demain (M.Hélène prend rendez-vous pour la semaine prochaine).

A 12 h, David et Fernand nous rejoignent avec des toiles et des statuettes que nous choisissons. David dégrafe les toiles ; je fais des petits paquets cadeau pour les enfants de Cité Soleil que nous ne pourrons pas rencontrer, ainsi que ceux de Capotille et Ouanaminthe. Je confie tout cela à Ostène.

14 h, tout le monde s’en va et nous restons cloîtrés à la maison. Nous commençons à faire nos valises ne sachant si nous pourrons partir demain. Cela m’angoisse un peu. Nous n’avons ni eau, ni électricité ! le réservoir d’eau est vide et il faut que l’électricité revienne afin que la cuve se remplisse à nouveau. Mais quand ? Nous restons sur la terrasse de la maison et attendons la suite des évènements. Des émeutes sont prévues devant l’Ambassade de France. Je récite des prières ! je crois que je n’ai jamais autant prié de ma vie et je comprends pourquoi les haïtiens ont tant la foi.

16 h 30 – Myrneva, Bénédithe et sa maman viennent nous voir ; nous bavardons jusqu’à 17 h 30. Les gens manifestent toujours, on entend les bruits au loin de clameurs… Nous ne dînons pas. Gérard et M.Hélène travaillent à la lumière d’une lampe à pétrole sur les projets futurs d’ Enfants Soleil et la constitution d’un dossier de demande de subvention par l’Union Européenne que M.H. présentera à l’Ambassade de France. Je vais quant à moi me coucher ; il est 20 h, Ostène nous prévient par téléphone : Caribair ne répond toujours pas !

Jeudi 16 février

A 6 h, le téléphone sonne, c’est un ami de Gershmine qui travaille pour la Minustha et qui nous annonce que Préval a été nommé Président, à 3 h du matin ! avec 51 % de voix alors que la veille il était à 48 % ?!!

L’aéroport serait semble-t’il ouvert ?…. Nous attendons Ostène qui doit venir nous chercher pour nous emmener à l’aéroport et très gentiment nous propose de nous conduire jusqu’à à la frontière si l’aéroport était fermé.

7 h 30 – nous prenons un café ; toujours pas d’eau pour la toilette. Ostène arrive à 9 h et nous quittons « notre » maison. Tout va bien, la vie a repris, les commerces sont ouverts…. l’aéroport aussi. Adieux pathétiques ; Ostène me charge de transmettre les amitiés de tous à l’ensemble des parrains et marraines et à tous les membres de l’Association Enfants Soleil France, et souhaite que nous puissions continuer à travailler en confiance, solidaires les uns des autres et pour l’avenir de tous les enfants (la sécurité, la santé, la nourriture, l’école….).

 

A 10 h 30, nous sommes à l’aéroport où notre vol est prévu à 11 h 10. Quel soulagement ! Triste de partir en laissant toute cette misère derrière nous, mais heureuse de savoir que nous rentrons retrouver nos familles. Mes prières n’ont pas été vaines. Ostène, également, m’a dit avoir prié pour que notre retour se passe bien.

Mon voyage aura été merveilleux et bouleversant. Je garde en mémoire, lorsque que nous sommes sur le boulevard Dessalines, le visage de cette petite fille, accrochée à la vitre de la voiture, avec de grands yeux suppliants, alors que je n’ai plus une seule gourde sur moi à lui donner. Cela m’arrache le cœur d’être impuissante devant tant de misère et de désespoir. Gérard, heureusement, a encore une gourde sur lui et la petite lâche enfin la vitre de la portière. Je n’oublierai jamais cette scène.

15 h – Nous arrivons à Saint Domingue ; un taxi nous conduit à la gare des bus et de là, nous partons pour Boca-Chica. Un vrai constraste avec Haïti ! Ici tout paraît calme et paisible et pourtant il y a du mouvement !

Vendredi 17 février

Nous sommes à l’hôtel « villa Marianna », le luxe comparé à Haïti ! je suis ravie de prendre une douche chaude, de pouvoir appuyer sur un bouton pour la lumière ! A 9 h, après une bonne nuit, petit déjeuner sur la terrasse et nous travaillons : mise au net de toutes nos dépenses et récapitulation de toutes les sommes que nous devrons envoyer à Ostensif pour la réalisation des actions en cours et des projets.

A 10 h 30, nous téléphonons à Metellus Bekens afin de récupérer le reste de nos bagages que nous lui avions laissé avant de partir pour Haïti (et mon maillot de bain, utile si je veux profiter d’un bain de mer avant la fin de notre séjour). Il fait beau, pas trop chaud, une petite brise légère, pas de moustiques (contrairement à ce que m’avait dit MH, je n’ai jamais été « dévorée » par de féroces moustiques !) ; je n’ai pas eu à utiliser tous les médicaments emportés, je les ai donné à Ostène. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Dawins, mon filleul. Je pense à lui et à sa maman qui élève, seule, ses 8 enfants (le père est décédé). J’ai envie de le revoir ainsi que toute l’équipe d’ Enfants Soleil qui nous a accueilli avec tant de chaleur, de gentillesse, de spontanéité et l’espoir qu’on ne les laissera pas dans cette « misère noire ».

13 h, nous allons déjeuner de pescado (poisson grillé et citrons verts) avec Metellus sur la plage de Boca-Chica. Pendant que Gérard va se baigner (je n’ai pas encore récupéré mon maillot de bain), j’en profite pour aller faire quelques achats avec Metellus. Le soir, nous allons dîner tous les trois dans un petit restaurant créole.

Samedi 18 février

J’ai enfin récupérer mon maillot de bain et à 9 h nous allons à la plage. Un vrai délice ! mon cadeau d’anniversaire (eh oui !) : la mer turquoise des Caraïbes !

A 15 h, Metellus vient nous rejoindre à l’hôtel où nous avons bouclé nos valises et après nous avoir fait visiter un local qu’il souhaiterait louer pour en faire son atelier et pouvoir vendre ses toiles aux touristes (700 $ US par mois !), nous emmène à l’aéroport. Nous y sommes à 18 h. 8 h de vol. Il est 5 h 30 quand nous arrivons à Madrid et surprise ! nous apprenons que le vol prévu pour atterrir à Roissy, atterrira à Orly ! Vite il faut prévenir Michel et Christine de ce changement. Il est 11 h du matin à Boca Chica et cela fait donc 26 h que je suis debout !

4 h d’attente à Madrid et nous arrivons à Orly à 18 h 45 heure française ! Michel nous attend, nous sommes fourbus mais heureux de notre voyage.

Retour vers "Activités" Le voyage en images