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Elevage du Tilapia
Un choix : le Tilapia Nilotica. |
Ce document a été réalisé, entre autres, d’après celui qui est diffusé par le père René Sansfaute. Charduires. (A4 Route de Chalvet. 05200 Embrun.) Nous y avons ajouté notre expérience. |
Parmi les diverses espèces de Tilapia, il est celui qui grandit le plus vite, et le moins susceptible de faire des dégâts, car il ne devient pas carnivore. Mais il faut tout de même prendre des précautions, car tous les Tilapias s’adaptent facilement, pour qu’il n’envahisse pas étangs et rivières avoisinants.. Il se reconnaît aux rayures qu’il porte sur la queue. On peut aussi élever une autre espèce : le Tilapia Mozambica. Dans certains élevages on mélange diverses sortes de poissons.
Aménagement des bassins d’élevage.
L’élevage se fait dans des bassins. On peut commencer avec des bassins de 10mètres / 10 mètres, mais c’est vraiment un minimum. Le bassin doit avoir un fond argileux pour éviter que l’eau ne disparaisse dans le sol. Il faut donc analyser le terrain avant de creuser la totalité du trou. Il faut que le terrain soit en pente légère, pour qu’il ne soit pas inondé en cas de grosses pluies. Si l’on dispose d’une source d’eau permanente, les conditions seront idéales et l’on pourra mettre beaucoup d’alevins dans les bassins. L’eau saumâtre convient aussi pour ces poissons (région de Thomazeau, Plaine du Cul de sac)
Des talus.
Ce sont des digues entourant les bassins, pour les protéger du ruissellement des eaux tropicales. Ces eaux pourraient faire déborder les bassins ou les endommager. Si elles sont plantées d’herbe, qu’il faudra tondre pour éviter que les serpents ne s’y installent, elles seront moins vulnérables au ruissellement occasionné par les grandes pluies. Elles empêcheront aussi les eaux de ruissellement, qui peuvent être plus ou moins polluées en cas d’inondation ou par les produits utilisés pour fertiliser les sols d’envahir les bassins. Il faut éviter la végétation autour des bassins. Le vétiver pourrait être testé autour des bassins. Ses racines stabilisent le sol et filtre la pollution des infiltrations. Les crapauds buffles sont aussi des prédateurs des alevins.
Configuration d’un bassin.
Dans l’Artibonite, ou dans la région de Thomazeau, le sol est souvent argileux en profondeur.
Ce bassin devra être vidé et à nouveau rempli tous les 8 mois, pour la « récolte » des poissons.. Il faut donc qu’il se situe non loin d’une rivière, d’un marais….on peut utiliser des pompes ou détourner un ruisseau temporairement.
Plusieurs bassins
Pour mener à bien un élevage, il est indispensable de réaliser une analyse opérationnelle : c’est à dire de constituer un plan de la chronologie des opérations. Plusieurs bassins sont nécessaires pour que les poissons atteignent leur maturité à différents moments de l’année. Cinq bassins assureront une pêche tous les deux mois. (des bassins trop grands procureraient une quantité de poissons trop importante et cela pourrait poser des problèmes pour la conservation et la commercialisation). Les empoissonnement devront être étagés dans le temps.
Se grouper pour être efficace.
Plusieurs « combis » ou familles pourraient être groupés sur le même site. A cela plusieurs avantages :
¤ Le gardiennage peut être collectivement pris en charge.
¤ Le travail peut ainsi être collectif et les revenus s’étaler tout au long de l’année, en partageant le fruit de chaque récolte, nous aurons ainsi une implication et une responsabilité collectives.
¤ Les moyens ( outils, pompes, main d’œuvre, investissements…) pourront être mis en commun.
¤ Le savoir et l’expérience pourront être partagés.
Remplissage des bassins.
Il se fait soit en détournant provisoirement un ruisseau ou un marigot, ou avec des pompes. La buse d’arrivée doit comporter un filtre aux mailles fines pour éviter que d’autres poissons ou animaux aquatiques envahissent le bassin : ils pourraient être nuisibles aux Tilapias. L’eau peut être douce ou saumâtre ( légèrement salée)
Vidange.
Tout le long des bassins est creusée une tranchée, plus basse que le niveau des bassins, qui servira à l’évacuation de l’eau lors des vidanges et à celle des eaux de ruissellement. La buse de vidange est dotée d’un filtre, ce qui empêchera la fuite de petits poissons qui pourraient proliférer dans la rivière, le lac ou le marigot.
Ci-dessous : 5 bassins d’élevage

Les parois des bassins ne sont pas verticales, mais en légère pente, ce qui les rend plus stables.

Dans un coin du bassin est aménagé un petit enclos dont la paroi est à claire-voie pour retenir le compost. Elle peut être fabriquée avec des tiges de bambou plantées verticalement dans le sol et assujetties par des fils de fer inoxydables ou mieux des liens naturels tels que cordes de fibres de palmiers ou osier. Cette zone laisse filtrer la nourriture issue de compost, mais pas les morceaux de détritus en décomposition qui envahiraient le bassin en se déposant au fond.
La nourriture des poissons. Le compost.
Le compost, dont les éléments en décomposition nourriront les poissons, est composé d’éléments très divers : restes du battage de céréales, balle de riz, déchets de café, patates douces, restes de fruits, épluchures de légumes, fumier des animaux, feuilles et tiges de bananiers, tarots, ignames, et de toutes les cultures vivrières…restes de nourriture, termites… en évitant soigneusement les produits polluants.
(Les Tilapia se nourrissent aussi des larves de moustiques ou autres insectes qui pourraient se multiplier à la surface des bassins, ce qui est intéressant pour l’environnement, car les moustiques peuvent être les vecteurs de maladies.)
La décomposition de ces matières va rendre l’eau verdâtre, et ainsi procurer leur nourriture aux poissons.
Chaque semaine, ou plus souvent suivant la densité de population de bassin, il faudra ajouter un seau de déchets par bassin ou plusieurs suivant la population en poissons et la dimension.
Technique de compostage :
Au fond de la zone de rétention du compost, on étale une couche d’herbe sèche, puis une couche des éléments cités ci-dessus, puis une autre couche d’herbe sèche, et ainsi de suite.
Il faut nourrir les poissons régulièrement pendant 6 ou 7 mois. Durant cette période, il ne faut pas les pêcher, car s’ils sont dérangés, ils grandiront moins vite.
Entretien des bassins. Les prédateurs.
Il faudra, tout au long de l’année, surveiller l’efficacité des digues. Elles protège l’intégrité des bassins. Ne pas laisser des végétations parasites les envahir. Eviter les plantes qui flottent à la surface du bassin ( Jacinthes d’eau !), mais on peut laisser celles qui poussent au fond si elles sont petites.
Les prédateurs sont les oiseaux, d’autres poissons qui auraient pu s’introduire dans les bassins lors du remplissage….sans oublier les personnes mal intentionnées….et les crapauds buffles.
Les alevins. L’empoissonnement.
Ce sont les bébés poissons que l’on va introduire dans le bassin. Ce sont les mâles, parmi les Tilapias, qui grandissent le plus vite et deviennent les plus gros. Ils sont donc les plus rentables pour l’élevage. On peut acheter ces alevins auprès de coopératives ou d’autres systèmes d’élevages existant à Haïti.
Un bassin de10 mètres de côté pourra recevoir environ 160 alevins. Une densité trop grande nuirait à la croissance des individus. (Environ 25/30 alevins par Mètre cube d’eau), plus avec l’eau courante.
La « récolte ».
La pêche s’opère en une fois, quand les poissons sont adultes. (Il faut 7 mois pour que les poissons soient au maximum de leur poids.)
On vide le bassin presque entièrement, dans une première phase, en prenant garde que les poissons ne s’échappent pas dans la rivière en dehors des bassins. Quelques centimètres d’eau restant au fond empêcheront les alevins du bassin de mourir s’ils restent dans la vase. Ces alevins sains pourront servir à empoissonner un bassin pour la « récolte » suivante.
Le tri. Le pesage.
Il faudra trier les poissons : séparer ceux qui sont assez gros pour être consommés de ceux qui ne le sont pas encore et les mâles des femelles.. Les deux petits bassins de rétention prévus à cet usage le permettront.
Pour bien gérer cette petite entreprise, il faut peser tous les poissons pêchés : il faut avoir une idée exacte de la rentabilité du travail effectué.
Les mâles deviennent plus gros que les femelles.
Lorsque les femelles ont pondu leurs œufs, le mâle les fécondent. Aussitôt après, la femelle reprend les œufs dans sa bouche jusqu’à l’éclosion. Durant tout ce temps, elle ne se nourrit pas. Elle ne grossit donc pas. Dans un bassin, il doit y avoir trois fois plus de mâles que de femelles, au moins.
Nettoyage du bassin.
Après la vidange du bassin et la récolte, il faut nettoyer le bassin en enlevant la vase. Réparer les digues. Il y a donc du travail tout au long de l’année pour ce type d’élevage, d’autant qu’il faut des jardins autour des bassins pour procurer la nourriture des poissons.