Nos écoles partenaires.
Ecole « La Fraternité » Cité Soleil.
Lycée National et Ecole primaire de Capotille
Ecole du sacré Cœur. Port au Prince.
Ecole Barbe. Région Artibonite. Mornes.
Ecole « La Fraternité » Cité Soleil.
Cela fait maintenant 12 ans que nous connaissons Michel Jeanthyl, le Directeur de l’Ecole La Fraternité. Cela fait trois fois qu’il change d’école à cause de l’état de guerre dans lequel Cité Soleil est plongée régulièrement. Il faut beaucoup de courage pour persévérer dans des lieux aussi difficiles pour leur insalubrité, leur violence. Nous avions il y a quelques années 6 écoles à Cité Soleil. Dans les dernières années, elles ont été détruites ou complètement pillées. Le bidon ville a été durant longtemps une zone de non droit livrée à toutes les violences. Un véritable état de guerre, entre les gangs et entre la police haïtienne et les gangs, puis entre les gangs et les forces onusiennes. Nous avons revu certains des bâtiments criblés de balles de gros calibre, ou en parties détruites. Pourtant, là plus qu’ailleurs, les habitants, vivant dans des conditions extrêmement difficiles, ont besoin d’aide. Rester à Cité Soleil est un choix pour Michel qui ne veut pas abandonner ses enfants. Il a traversé des périodes où il risquait sa vie. Aujourd’hui nous sommes décidés à trouver un local plus adapté où les enfants pourraient étudier dans de bonnes conditions : ce n’est pas facile. Personne ne le mérite plus que lui.
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Ces trois images donnent une idée du cadre dans lequel vivent les 250000 habitants de Cité Soleil.
Les tas d’ordures jonchent la ville, les égouts à ciel ouvert charrient les ordures venues de Port au Prince et toutes les agglomérations sur les collines qui entourent la ville. S’il pleut beaucoup, l’eau chargée d’ordures envahi ce bidonville construit sur une immense décharge. J’ai rendu visite à plusieurs habitants du quartier Cité soleil, Trois Bébés, ou Cité Lumière. Partout c’est le même désastre. Ils ont empilé quelques parpaings ou quelques tôles. La plupart de ces « habitations » avaient à l’intérieur 20 à trente centimètres d’eau pourrie. Evacuée, elle revient aussitôt. Les gens vivent là-dedans. Les moustiques y prolifèrent. Les conditions d’hygiène sont lamentables. La moitié des habitants souffrent de malnutrition, beaucoup d’enfants ont faim. Dès que le soir tombe, on ne traverse plus Cité Soleil, rendue à sa violence nocturne.
Sur la photo centrale, c’est l’entrée de l’école La Fraternité (par le petit pont ). Pourquoi est-elle dans ce lieu ? Parce qu’il est très difficile de trouver un local qui soit sûr pour les enfants. Les attaques et le racket y sont encore très fréquents. Il y a une cantine dans cette école : si les gangs le savent, elle sera pillée. Cité Soleil est toujours une zone de non droit. Même s’il y a des patrouilles de la Minustah, les gangs sont toujours là. Seuls quelques chefs ont été tués ou se cachent dans le pays ou en République Dominicaine. Leurs lieutenants, plus discrets, quadrillent encore la Cité. Le trafic de drogue, la guerre des gangs, le racket, les enlèvements sont quotidiens. Les victimes, par peur, ne disent rien. Ce bidonville est encore le repère de nombreux bandits qui sévissent désormais dans d’autres quartiers. Rien n’est simple : il faut en même temps être très discrets dans nos interventions et tenter d’être efficaces.
Les gens extrêmement pauvres de ces bidonvilles se déplacent très facilement : ils tentent d’émigrer, ils sont chassés de leur cabane par la violence , les menaces,, les inondations ; ils pensent trouver ailleurs un lieu plus vivable. Plusieurs familles d’enfants parrainés ont disparu. Elles ne laissent pas d’adresse, souvent pour leur sécurité. Parfois ce sont les enfants qui disparaissent. Issus de la rue, ils y retournent. Ils se perdent alors dans la masse des enfants des rues des bidonvilles étendus sur des dizaines de kilomètres. La prostitution, la drogue, la misère les happent sans que nous puissions les retrouver.
Le local actuel est un peu moins exposé. Il y a un labyrinthe de petites ruelles avant d’y arriver. Les enfants s’y sentent plus en sécurité. Mais il fait trop chaud et les conditions de travail sont très mauvaises malgré le plafond que nous avons fait et la cantine assez propre. Il n’y a plus d’électricité : on a volé les derniers fils électriques pour les revendre. Les ventilateurs ne peuvent plus fonctionner.
Ecole « La Fraternité » Cité Soleil.
Lycée National et Ecole primaire de Capotille
Ecole du sacré Cœur. Port au Prince.
Ecole Barbe. Région Artibonite. Mornes.
Histoire d’une grande déception. Projet pour une nouvelle école à Cité Soleil.
L’an dernier nous avions trouvé un local. Nous avions entrepris de l’aménager. Le jour de l’inauguration, le jour de la rentrée des classes, un groupe de bandits est arrivé avec des armes ( fusils et mitraillettes) et a intimé l’ordre aux enfants parents et instituteurs de quitter immédiatement les lieux. Les enfants ont donc regagné les anciens locaux. Ce fut un grand traumatisme pour les enfants et les enseignants.
Peu à peu, la situation de Cité Soleil est devenue moins violente en apparence. Les troupes de l’ONU y patrouillent.( Des soldats péruviens pour la plupart). C’est pourquoi nous avons cru pouvoir aménager un nouveau local ( Situé à Cité Lumière, un quartier assez proche de celui de l’ancienne école) Il y a beaucoup moins de tirs et de meurtres. Mais la violence sourde est toujours là.
L’EPPLS, organisme gouvernemental, nous a proposé fin septembre 2007 un local. Rénové, il aurait pu abriter une belle et grande école. Nous avons cru un moment que cela était possible. Espoir déçu. Voici le récit de ces démarches.
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(1) A l’extérieur, il y a une cour fermée, espace où nous aurions pu installer une aire de jeux avec panneaux de basquet, des bancs etc. A l’intérieur de grandes salles qui pouvaient être aménagées en salles de classe, salle d’étude…
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Le premier jour de visite du local, Michel, Ostene, David, Fernand les gens de l’Eppls…. Nous essayons d’évaluer les travaux à faire. De grandes salles, une structure pour les toilettes, des murs solides. La toiture est à refaire entièrement. |
L’ensemble du bâtiment a été pillé et vandalisé, mais les structures sont intéressantes, l’espace très grand.
Nous apprenons vite que ce local avait été occupé par une grande association, puis que la Minustah voulait y installer un centre…tous ont abandonné leur projet. Nous avons déjà la visite de quelques leaders qui nous font comprendre qu’ils sont « chez eux » et que nous devrons passer par eux pour toute installation dans le secteur.
Ostene est un très bon négociateur. Il semble être respecté ici. Il a très longtemps travaillé non loin de là avec son cabinet médical et une partie de la population le connaît.
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Lors des autres visites, les « Leaders » du quartier, c’est ainsi qu’ils se présentent, sont de plus en plus nombreux et agressifs et il faut beaucoup de diplomatie pour éviter que la situation ne devienne chaude…entre les leaders et les responsables de l’EPPLS qui en ont assez de se heurter à ces meneurs. |
Malgré tout, ayant pris à part le leader qui semble le plus important pour une longue discussion, je garde l’espoir qu’en ouvrant un terrain de sport aux jeunes du quartier, l’école pourrait finalement s’installer ici. Je connais cependant depuis des années l’organisation de ces quartiers pour y avoir travailler avec Guerry Delcé , notre premier collaborateur, mort en 2001… le temps où nous avions 6 écoles partenaires dans Cité Soleil. Mais d’autres leaders surgissent alors, qui disputent au premier le droit de se présenter comme le chef… Je ne les connais pas, mais Michel les connaît.
Le lendemain, nous avons rendez-vous à 7 heures pour faire le point. Michel Jeanthyl arrive avec une heure d’avance. Il ne veut pas travailler dans cet endroit. Il a peur pour lui, pour sa famille, et pour les enfants. Ses arguments sont incontournables : si la cantine est installée, elle sera immédiatement pillée. Par les bandits, mais aussi par la population qui a faim. On lui dictera ce qu’il aura à faire. Il sera pris en otage. La possibilité de kidnapping d’un enfants est aussi un argument de poids. Il suffit que la présence d’une ONG soit connue pour qu’immédiatement l’école soit rackettée. Michel ne met pas longtemps à nous convaincre, car nous avons tous les mêmes doutes.
David a été attaqué chez lui, il y a juste 10 ans, il a reçu un coup de fusil à bout portant dans l’épaule. Il en garde d’énormes cicatrices. Il a ensuite été kidnappé il y a un an et demi. Ostene a aussi été attaqué l’an dernier, son fils a été enlevé deux fois. Sœur Agnès a aussi été enlevée. Ces gens qui travaillent avec nous depuis des années connaissent le terrain. Le jour de la signature du contrat avec les représentants du gouvernement, nous décidons avec regret que ce projet est impossible pour le moment. Eux aussi, nous disent-ils, avaient des doutes et comprennent nos raisons. Nous ne pouvons pas mettre la vie des enfants en danger.
J’ai raconté ce petit épisode pour que nos marraines et parrains et tous les gens qui nous apportent leur aide comprennent les difficultés de travailler dans un pays aussi violent. En 2005 et 2006, Haïti a été le pays du monde où il y a eu le plus de blessures par balle, devant les pays reconnus comme en guerre, disent les humanitaires de médecins sans frontières qui n’ont cependant pas cessé de travailler sur place.
Ecole « La Fraternité » Cité Soleil.
Lycée National et Ecole primaire de Capotille
Ecole du sacré Cœur. Port au Prince.
Ecole Barbe. Région Artibonite. Mornes.
Cité Soleil. Une autre solution ?
Il faut une autre école. La solution est peut-être de construire quelques salles de classe sur un terrain qui jouxte l’école, séparé par un grand mur. Derrière l’école il y a les ruines d’une ancienne usine. Elle a été détruite lors de conflits il y a 15 ans et pillée depuis. Nous recherchons le propriétaire. Ostene réussit à le trouver. Des amis à lui le connaissent. Il s’agit d’un ancien candidat à la présidence des dernières élections.
Il faut maintenant le rencontrer et le convaincre de nous donner un bout de cet immense terrain.
S’il l’a totalement abandonné, il appartient au gouvernement…et ce sera un autre problème. Le gouvernement haïtien fait son possible pour que ce pays redémarre. La bonne volonté ne suffit hélas pas toujours. Les démarches administratives sont souvent très complexes.
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(1) Une partie du terrain en question. (2) Quelques membres d’Enfants Soleil en « exploration. On envisage la faisabilité de cette nouvelle solution. (3) Ce murs pourrait être abattu, et les salles de classe pourraient être construite pour faire un ensemble fermé avec l’école qui se trouve de l’autre côté. Un représentant de l’EPPLS (Entreprise pour la promotion du logement social) nous accompagne, mais cet organisme ne s’occupe que des locaux et pas des terrains… Nous saurons bientôt si cette solution est envisageable.
La cantine.
Quarante cinq élèves profitent de la cantine. Léona (ci-dessous) est l’une des deux cuisinières salariées de cette cantine. Elle a deux grand enfants que nous avons connus il y a onze ans. L’un est maintenant en seconde et travaille bien. La grande sœur a 18 ans et est en terminale ! Il faudrait un peu plus de place et de lumière dans le local cuisine. Léona est notre chouchoute depuis 10 ans. Elle a élevé seule ses deux enfants. Elle a une heure de tap-tap pour se rendre de Carrefour, où elle habite, à Cité Soleil. Les femmes haïtiennes sont l’élément important sur qui il faut compter pour faire redémarrer le pays. Elles sont courageuses, au delà de tout, et on peut leur faire confiance. Il faut toujours quand cela est possible, travailler avec les femmes à Haïti…comme ailleurs.
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L’autre cuisinière est Gloria, ( à gauche sur l’image centrale) son enfant est parrainé par une personne de l’association. Elle travaille depuis un an. A droite une image de la cantine ( 2006).
Une aide du programme alimentaire mondial est précieuse, sans cette aide nous ne pourrions pas financer toutes les cantines. Nous apportons le complément en viandes et produits frais. Ce sont les cuisinières qui font les courses tôt le matin. Michel Jeanthyl, le directeur, a beaucoup de travail, car le PAM exige une gestion très rigoureuse de l’aide et des rapports toutes les semaines.
Si les possibilités faire manger plus d’enfants – comme nous l’espérons- sont accordées, le nombre d’élèves augmentera aussitôt. Les enfants ont besoin de manger, sinon ils doivent faire de petits boulots et ne viennent pas à l’école. Le gouvernement l’a bien compris et a mis en place le programme PNCS. (Programme national pour les cantines scolaires) Il y a tellement d’enfants mal nourris que les services de PNCS sont un peu débordés.